Nouvelle-Calédonie : ce que l’on sait de la mort des trois personnes à Nouméa


Une « spirale mortelle », qui s’est accélérée en quelques heures seulement. Les autorités ont déploré mercredi trois morts de civils en Nouvelle-Calédonie, en sus de la mort d’un gendarme de 22 ans, à laquelle s’ajoute encore ce jeudi matin le décès d’un autre gendarme suite à un « tir accidentel ». Trois personnes mélanésiennes ont perdu la vie à Nouméa sur fond de violentes émeutes, qui agitent l’archipel du Pacifique sud depuis lundi, un bilan « extrêmement lourd », a déploré Louis Le Franc, le Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie. Les circonstances de leur décès sont encore floues.

Les autorités ont détaillé jeudi le profil de ces victimes : deux hommes de 20 et 36 ans, ainsi qu’une adolescente de 17 ans. « Nous pensons à la douleur de ces familles » suite à « cette mort tragique », a réagi jeudi le responsable de l’État sur place, lors d’une conférence de presse, déplorant « un drame qui n’aurait pas dû se produire » sur cet archipel, placé depuis en état d’urgence.

Des meurtres commis par « des particuliers »

Louis Le Franc a refusé de donner le nom des victimes, indiquant seulement que les trois personnes avaient été tuées par des tirs à Nouméa, l’homme de 36 ans dans le quartier de Kaméré, et les deux autres dans celui de Ducos, au niveau de l’impasse Balard. Ils ont été tués par « des personnes qui sont des particuliers » armés, qui « n’appartiennent pas à des groupes d’autodéfense », a-t-il pointé, indiquant qu’une enquête est en cours.

De son côté, le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin a annoncé sur France 2 ce jeudi matin qu’un individu suspecté de la mort de deux des victimes, sans préciser lesquelles, avait été arrêté. « La police a interpellé la personne responsable des deux morts Kanaks, qui venaient manifestement voler une voiture et (se sont fait) tirer dessus à balle réelle », a-t-il indiqué. « La police est là pour arrêter tous les tueurs », a martelé le ministre, soulignant aussi que « ce ne sont pas les forces de l’ordre qui sont responsables de ces morts ».

Quelques heures plus tôt, lors de sa conférence de presse, Louis Le Franc avait évoqué deux fugitifs responsables de la mort des trois Mélanésiens. « Nous allons rechercher ces personnes qui sont en fuite, on les retrouvera. La meilleure chose qu’ils aient à faire, c’est de se rendre », avait-il déclaré. Aux côtés d’une troisième personne, soupçonnée d’être à l’origine du tir mortel contre un gendarme mobile, ils « se trouvaient à proximité de groupes d’émeutiers, mais on ne peut pas encore dire s’ils y participaient ou pas », a-t-il pointé avec prudence, cité par Les Nouvelles Calédoniennes. « L’enquête suit son cours. »

Le Haut-Commissaire avait initialement évoqué trois morts civils par balle, « non par des tirs des forces de l’ordre, mais de quelques-uns qui ont voulu se défendre ».

Un jeune de 19 ans « au mauvais endroit au mauvais moment »

Des responsables locaux ont affirmé que l’une des victimes, le plus jeune des deux hommes, était originaire de l’île de Maré. Il s’agissait d’un « un jeune de 19 ans qui avait l’avenir devant lui » et « se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment », ont déclaré la maire de Maré Maryline Sinewami et le grand chef du district de La Roche Hippolyte Sinewami Htamumu, cités par la chaîne La 1ère. « La situation actuelle était malheureusement prévisible », ont-ils regretté.

La Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) de l’air coutumière de Nengone, qui comprend l’île de Maré, a indiqué mercredi que le jeune homme se nommait Djibril Saïko Salo et était en première année de BTS. Il a dénoncé dans un communiqué « les conditions dans lesquelles (il) a été abattu », affirmant qu’il a été « abandonné sur la route comme s’il s’agissait d’une vulgaire bête sauvage, ou pire, d’un criminel récidiviste ».

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« Le caractère ignoble et volontaire de cet acte, nous le qualifions sans ambiguïté de meurtre avec préméditation, avec volonté assumée de laisser son cadavre exposé sur la chaussée en guise certainement de message à ceux qui veulent suivre son exemple », a-t-il accusé. « Ce n’est pas le seul assassinat commis dans les mêmes conditions, il y en a eu d’autres », a-t-il aussi affirmé. Le mouvement, qui a été décrit comme « mafieux » par Gérald Darmanin, a ajouté condamner « ces actes de barbarie perpétrés par des individus visiblement animés par la seule envie de casser du Kanak en toute impunité ».





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