Omar, 14 ans, grièvement poignardé avant son entraînement de foot : « On attend quoi ? Un mort ? »


Rien à faire, la colère ne retombe pas. Catherine Guillou tire nerveusement sur sa cigarette électronique. Mehdi Mabrouk, lui, pose son regard une énième fois sur la flaque de sang qui macule le parking du Cosec à Draveil (Essonne).

C’est là que, la veille, le jeune Omar s’est effondré, atteint par un coup de couteau à la cuisse. Une scène d’horreur pour l’équipe des U 14 du Draveil FC, qui ont vu leur camarade ensanglanté, gisant sur le sol, alors qu’il se rendait à son entraînement. Omar fêtait ses 14 ans ce mardi. Il a fini sa journée sur un brancard.

« Il n’y a pas de mots, c’est terrible », soupire Catherine Guillou, présidente du club. Elle veut rendre hommage aux deux éducateurs du Draveil FC qui se sont précipités pour aider Omar. Leur action — un point de compression sur la blessure — a sans doute permis de sauver la victime, dont l’artère fémorale a été frôlée par la lame du couteau. Ce mercredi, l’adolescent est toujours hospitalisé à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne), entouré des siens.

Une rivalité aveugle

Selon les premiers éléments de l’enquête, le jeune footballeur marchait en direction du complexe sportif de Draveil quand il a été abordé par deux jeunes de son âge. Lui, l’ado des Bergeries, face à deux garçons des Mazières… dont l’un était armé d’un couteau. Les quartiers, pourtant situés dans la même ville, sont « en guerre ». Une rivalité aveugle qui ne faiblit pas, au contraire.

« C’est la troisième fois en deux mois qu’un drame comme ça arrive », grince Mehdi Mabrouk, vice-président du Draveil FC. Il veut parler de ces « coups de marteau », début mars, qui ont laissé un jeune du club avec des commotions cérébrales. Puis de cette attaque d’un bus où avaient pris place des jeunes des Mazières. Ces incidents s’ajoutent aux autres violences commises en marge des matchs de foot en Essonne, et particulièrement dans le Val d’Yerres – Val de Seine.

À chaque fois à Draveil, les rixes ont éclaté sur le parking du club, lieu de retrouvailles des différents camps. Un lieu qui devrait compter sur la présence de caméras de vidéosurveillance. Problème : « Elles ne fonctionnent pas. Ça fait plusieurs fois qu’on en parle en mairie… Rien n’y fait. On attend quoi ? Un mort ? » lâche Catherine Guillou.

Draveil, ce mercredi 15 mai 2024. Le club du Draveil FC connaît une période de vives tensions, dues aux risques entre bandes rivales.
Draveil, ce mercredi 15 mai 2024. Le club du Draveil FC connaît une période de vives tensions, dues aux risques entre bandes rivales. LP/Thomas Diquattro

Au-delà des caméras inutiles, c’est sur tout le reste que le club essonnien milite pour un meilleur soutien des pouvoirs publics. « On se sent démunis, reprend Mehdi Mabrouk, on n’arrive plus à protéger nos enfants. » Par exemple, le club « demande depuis longtemps un minibus pour faire du ramassage dans les cités concernées », et éviter ainsi que les ados viennent par leurs propres moyens, s’exposant aux risques d’agressions. Une demande restée lettre morte jusqu’à maintenant.

« Il ne faut pas tout mélanger, répond le maire (LR) Richard Privat. Le bus n’a rien à voir avec les agressions. Par contre, je vais voir pour mettre la caméra sur l’immeuble voisin. » Le débat sera abordé ce jeudi à la faveur d’une réunion avec le district de football et le maire de Draveil. Ce sera aussi l’occasion pour les éducateurs d’échanger avec les jeunes licenciés, accompagnés de leurs parents, « très choqués » après l’agression d’Omar.

Les auteurs en fuite

Le Draveil FC rassemble des adolescents issus de différents quartiers qui tapent dans le ballon ensemble, malgré les rivalités. « On essaie de faire de la mixité sociale, argue Mehdi Mabrouk, en mélangeant tout le monde. On les emmène aussi en sorties pour créer du lien. Et ça marche. Le problème, c’est une fois à l’extérieur du club… Les agressions sont commises par des jeunes qui n’ont rien à voir avec le foot. » Soit le même constat que les dirigeants du FCO de Vigneux, club voisin confronté aux mêmes problématiques.

Ce mardi, les deux auteurs présumés de l’agression d’Omar étaient toujours en fuite. Une enquête pour « tentative d’homicide volontaire » a été ouverte et confiée à la DCT (division contre la criminalité territoriale) du 91, précise le procureur de la République d’Évry-Courcouronnes, Grégoire Dulin. L’enquête porte aussi sur des faits de « vol en réunion » : les agresseurs auraient opportunément dérobé le téléphone portable de la victime après lui avoir assené le coup de couteau.



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