Populaire ou dépassé ? Découvrez la popularité de votre prénom dans notre moteur de recherche


Vous avez souvent eu des camarades de classe avec le même prénom que vous ? Vous passez votre temps à épeler votre prénom ? Chacun sa croix (ou pas) quand il s’agit d’évoquer son prénom, premier élément de notre identité. Au fil des années et des modes, les plus populaires se font rares et les plus rares se font populaires.

Prenez Emma, de ringard au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ce prénom est devenu l’un des plus donnés en Europe au début des années 2000 et fait encore bonne figure au top 10 national. A contrario, rares sont les Philippe, Véronique, Jérémy, Céline ou encore Sébastien nés ces dernières années, pourtant parmi les plus populaires au sein de certaines générations du XXe siècle.

Des prénoms moins fréquents et une plus grande variété

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Il faut souligner que le nombre de prénoms attribués a explosé sur les 120 dernières années. D’environ 2 000 prénoms différents attribués chaque année en 1900, on atteint 13 000 sur l’année 2023. Le record a été battu en 2014, avec pas moins de 14 000 prénoms différents attribués aux 818 565 bébés nés durant l’année.

Comment en est-on arrivé là ? Plusieurs étapes ont jalonné l’évolution du nombre de prénoms. Prenez les Jean et les Marie, prénoms les plus donnés au début du XXe siècle : on comptait à l’époque près de 50 000 Marie par an et 15 000 Jean ! Au début des années 1940, les naissances annuelles de bébés baptisés Jean avaient plus que doublé, et étaient au nombre de 34 000, quand 22 000 Marie voyaient le jour.

Une plus grande tolérance de l’état civil

Le baby-boom au sortir de la Seconde Guerre mondiale s’est aussi accompagné d’une apparition de nouveaux prénoms plus variés, ce qui a en conséquence fait baisser le nombre de bébés qui se voyaient attribuer le prénom le plus donné : à partir des années 1950, les prénoms les plus populaires tournent autour de 25 000 bébés par an, alors qu’un peu plus de 3 000 prénoms différents étaient attribués chaque année.

« Cette variété plus importante s’explique d’abord par les migrations et l’arrivée dans l’état civil de corpus de prénoms non-francophones », commente Baptiste Coulmont, sociologue des prénoms. Il relève l’apparition de prénoms comme Dan, Nassim, Nausicaa, Iléana ou encore Laélien dès cette époque.

Si l’usage voulait que les parents attribuent des prénoms du calendrier ou de figures historiques, « il y a eu dans les années 1950 et 1960 des circulaires notamment en Algérie pour demander à l’état civil d’enregistrer les prénoms coraniques ». Une fois devenues françaises, les populations issues d’Algérie ont donc apporté de nouveaux prénoms au sein des corpus.

À partir des années 1980, les prénoms se sont démultipliés, a fortiori après 1993 et la loi qui a élargi les libertés en matière de prénoms octroyés aux nouveau-nés. « De batailles juridiques, notamment en Bretagne, ont eu lieu dès les années 1950-1960 pour une plus grande liberté de l’orthographe des prénoms, ça a aussi joué sur cette augmentation du nombre de prénoms », évaluée autour de 8 000 à la fin du XXe siècle. Dans le même temps, les Céline et les Nicolas, prénoms les plus donnés en 1980, ne concernaient déjà plus que 12 000 et 22 000 bébés.

« Il y a eu un élargissement de la surface d’utilisation du prénom »

Pourquoi cette explosion des prénoms ? Selon Baptiste Coulmont, il faut certes prendre en compte les migrations et la liberté orthographique mais aussi la place du prénom dans la société : « Les parents choisissent des prénoms de plus en plus rares car le prénom est beaucoup plus utilisé dans la vie courante. Entre collègues, on s’appelle par son prénom, pas Monsieur X ou Madame Y ».

« Avant on n’utilisait pas les prénoms de manière aussi massive. Que ce soit les enseignants en maternelle, ou les candidats dans les jeux télévisés… Il y a eu un élargissement de la surface d’utilisation du prénom », synthétise le sociologue. Cela entraîne pour les parents une volonté de trouver un prénom plus rare, ce qui provoque une diversification massive.

Résultat, les 4 527 Gabriel ne représentent aujourd’hui que 1,2 % des bébés garçons nés en 2023, et les 3 177 Louise moins de 1 % des filles, malgré leur statut de « prénoms les plus donnés ». À titre de comparaison, les Jean et les Marie représentaient à eux deux près de 7,7 % du total des naissances en 1950.

Depuis le milieu des années 2010, une stabilisation

Après un pic de 14 000 prénoms différents en 2014, le nombre semble aujourd’hui se stabiliser autour de 13 000. Mais le diable est dans les détails, rappelle Baptiste Coulmont : pour des raisons de respect de la vie privée, l’Insee dispose d’une catégorie « prénoms rares » qui regroupe ceux attribués à moins de trois bébés dans l’année.

« Or si le nombre de prénoms global baisse, mais que le nombre de prénoms présent dans la catégorie prénoms rares augmente, alors on suppose que le nombre de prénoms augmente au final », temporise-t-il. Sur l’année 2023, 54 344 bébés ont reçu un prénom attribué moins de 3 fois, ce qui augure d’environ 25 000 prénoms « uniques », un chiffre en léger recul par rapport à 2023.



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