Assurance-chômage, RN… : du côté des syndicats, une unité à géométrie variable


Les leaders syndicaux ne se quittent plus. Lundi, en fin de journée, ils se sont réunis au siège de la CGT pour parler de l’actualité. Ce mardi en fin d’après-midi, au Conseil économique, social et environnemental a eu lieu une conférence de presse commune, avec les numéros un des cinq confédérations représentative côte à côte, pour affirmer leur opposition unanime à la nouvelle réforme de l’assurance-chômage et exiger du gouvernement qu’il ne publie pas le décret ad hoc.

Ces rendez-vous étaient prévus avant la dissolution mais en ce moment crucial, ils livrent une image assez juste des relations intersyndicales actuelles : celle d’une unité à taille variable, sans que les désaccords ne conduisent à une rupture du dialogue ou à des invectives comme à d’autres époques. Face à un exécutif qui n’aura cesser de les court-circuiter et de les provoquer, les confédérations veillent à jouer collectif.

Pas de rupture du dialogue ni d’invective

La discussion sur une éventuelle réaction collective au risque de voir le RN gouverner a tourné court. Comme d’ailleurs du côté patronal. Signe d’ailleurs de l’échec qui se dessinait, chacun y est allé de son propre communiqué. Il n’y aura pas de prise de position unanime mais cela n’a pas empêché une partie des forces syndicales de lancer un appel : à cinq, la CFDT, la CGT, l’Unsa, la FSU et Solidaires appellent à « manifester le plus largement possible » ce week-end « pour porter la nécessité d’alternatives de progrès pour le monde du travail » avant les élections des 30 juin et 7 juillet.

Le scenario rappelle celui de 2002 où l’appel à la manifestation qui s’était révélée historique contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle le 1er mai n’avait pas fait l’unanimité. FO, la CFTC et la CFE-CGC avaient déjà manqué à l’appel. C’est évidemment à mettre en relation avec le vote plus important des sympathisants de ces syndicats pour l’extrême droite qu’a confirmé le sondage réalisé par l’institut Toluna – Harris Interactive pour l’agence de presse spécialisée AEF, même s’il a montré que ce vote progressait dans toutes les organisations . C’est aussi du côté de FO une posture de principe sur l’articulation entre action syndicale et politique.

Contraste marquant

En 2002, déjà, le contraste était marquant avec un conflit concernant directement le monde du travail, sur les retraites complémentaires. Mais à l’époque, les relations intersyndicales étaient bien plus conflictuelles. Depuis la réforme des retraites, le climat est tout autre et Marylise Léon qui a succédé à Laurent Berger à la tête de la CFDT et Sophie Binet qui a pris la direction de la CGT se sont inscrites dans les pas de leurs prédécesseurs sur le sujet.

La conférence de presse organisée mardi au Conseil économique, social et environnemental a montré que les désaccords n’entamaient pas les relations de confiance entre organisations. Pour appuyer leur revendication d’un retrait de la réforme de l’assurance-chômage « totalement déséquilibrée et injuste », selon les termes de Marylise Léon, alors que Gabriel Attal pourrait malgré la dissolution publier son décret, les leaders syndicaux avaient invité plusieurs chercheurs travaillant sur le système français de protection sociale : Michael Zemmour, Claire Vivès, Dominique Lhuillier et Bruno Coquet. En « guest star », Bertrand Pancher, le président du groupe Liot à l’Assemblée auteur d’une proposition de loi visant à contrer le projet de réforme du gouvernement, qui a précisé que l’Assemblée s’apprêtait à la voter « en séance ».

Et si le décret est publié, les syndicats ont bien l’intention de l’attaquer. Sur quels points ? « On ne va pas dévoiler nos cartes maintenant, Emmanuel Macron est un joueur de poker, nous aussi », a expliqué Sophie Binet.



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