Audi prêt à fermer son usine de voitures électriques de Bruxelles


Le ralentissement du marché de la voiture électrique en Europe commence à faire sentir ses premiers effets sur l’emploi. Après la décision de Volkswagen la semaine dernière de ne pas reconduire un millier de CDD à Zwickau (dans la Saxe), Audi, autre marque du groupe allemand, a prévenu mardi soir qu’elle lançait la restructuration de son usine de Forest, en banlieue de Bruxelles.

Le site ne produit qu’un modèle, le SUV Q8 e-Tron, lancé en 2018, mais qui n’a pas rencontré beaucoup de succès auprès des clients. Selon la RTBF, la production ne devrait pas dépasser les 25.000 exemplaires cette année, nettement en deçà du point mort pour équilibrer les coûts.

3.000 salariés sur le site

Dans un communiqué, la direction du constructeur évoque « un repli global des commandes sur le segment des voitures électriques de luxe ». Cela l’amène à « envisager un arrêt anticipé de la production (de ce modèle) sur le site de Bruxelles », jusque-là prévue en 2026.

Les syndicats ont été informés mardi soir du lancement d’un processus de restructuration. Les discussions pour trouver des solutions sont ouvertes et « pourraient inclure la fermeture du site si aucune alternative n’est trouvée », prévient le groupe. L’usine compte 3.000 salariés.

L’usine était sur la sellette depuis un moment, comme en témoigne l’absence d’affectation de nouveau modèle pour prendre la relève après le Q8. Le communiqué évoque d’ailleurs « les challenges structurels » qui affectent le site de Forest, avec notamment « des coûts logistiques élevés » et une localisation en zone urbaine qui complique la réorganisation de la production.

« Cela débouche sur ces coûts de production plus élevés à Bruxelles que sur d’autres sites », affirme Audi. La stagnation des ventes de voitures électriques ces derniers mois (avec une nette baisse en Allemagne) a sans doute hâté une décision qui serait survenue tôt ou tard.

Un coût déjà provisionné

La marque allemande a lancé la procédure d’information-consultation avec les représentants des salariés, et affirme qu’aucune décision n’est prise. Sa maison mère a toutefois annoncé dans la foulée qu’elle prévoyait un impact de 2,6 milliards d’euros sur l’exercice 2024. Une charge exceptionnelle qui la conduit à réviser sa prévision de marge opérationnelle, abaissant la fourchette à 6,5-7,0 %, contre 7,0-7,5 % précédemment.

Construite à la fin des années 1940, l’usine de Forest a d’abord produit des modèles Volkswagen (dont la mythique Coccinelle) et Porsche, avant de tomber dans le giron d’Audi en 2007. Fin 2021, elle avait fêté sa huit millionième voiture. La marque en avait fait son site pionnier dans l’électrique.

Pour les salariés, le choc est évidemment considérable. Les analystes de Kepler Cheuvreux saluent, eux, « la fin d’un tabou » et « un changement de culture » dans un groupe qui rechignait à tailler dans le vif alors que les difficultés s’accumulent.

Les ventes en Chine ne cessent de reculer , privant peu à peu le groupe allemand d’une manne qui l’a exonérée de nombreuses décisions difficiles pendant près de vingt ans. Aujourd’hui, fini les demi-mesures. La décision de fermer l’usine « fait partie du plan de réduction des coûts en cours chez Volkswagen », confirme Philippe Houchois chez Jefferies, qui y voit également « un possible indice annonçant d’autres restructurations dans l’industrie automobile européenne dans les années à venir ».



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