Autoentrepreneurs : ce flou artistique qui donne des sueurs froides aux restaurateurs


A moins de trois mois des Jeux Olympiques, les préparatifs se poursuivent dans la restauration, en dépit de tensions persistantes sur le recrutement de personnel. Malgré les efforts consentis par le secteur après la crise sanitaire – augmentation des salaires et assouplissement des conditions de travail -, des dizaines de milliers d’emplois restent à pourvoir et l’élaboration des plannings vire souvent au casse-tête.

Pour y remédier, de plus en plus de restaurateurs optent pour le recrutement d’extras, employés de manière ponctuelle par le biais de contrats à durée déterminée (CDD d’usage). Mais depuis la crise, la donne a quelque peu évolué, une partie du contingent ayant choisi de se tourner vers le statut d’autoentrepreneur.

Nouveau phénomène

« Ce statut a séduit beaucoup de bons professionnels, il leur permet de travailler à la carte, de ne pas rentrer dans un planning, de choisir avec qui ils vont travailler. Mais aussi de gagner plus d’argent, car cela concerne surtout une génération peu préoccupée par la retraite », relève Pascal Mousset, président du Groupement des hôtelleries et restaurations (GHR) Ile-de-France.

Recrutés en direct ou via des plateformes de mise en relation comme Brigad, plusieurs milliers d’entre eux viennent régulièrement combler les manques.

Problème : le flou persiste autour de la légalité du recours à ces indépendants. D’un côté, une décision de la Cour de cassation, dès 2020, avait tranché en faveur de Brigad, estimant que son activité de mise en relation entre un autoentrepreneur et une autre entreprise excluait tout lien de subordination entre les deux parties. De l’autre, de nombreux professionnels font état de sanctions de l’Urssaf après un contrôle dans leur établissement, allant de l’avertissement à la requalification en emploi salarié.

Conséquence : les restaurateurs ne savent plus sur quel pied danser et le modèle vacille, avec pour première conséquence un PSE déclenché chez Brigad. « Le tout alors que les pouvoirs publics sont présents au capital, via Bpifrance », grince un professionnel.

La profession divisée sur le recours aux autoentrepreneurs

L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) observe elle aussi un phénomène qui prend de l’ampleur. Même si « au deuxième trimestre 2023, cela représentait seulement 40.000 contrats sur 1 million », selon son vice-président, Eric Abihssira, qui évoque « un besoin de clarification. La question est de savoir si le gouvernement souhaite changer les règles du jeu. Si c’est le cas, il faut se mettre autour d’une table avec les organisations syndicales ».

Pour autant, pas question pour l’Umih d’encourager cette tendance. « C’est un statut qui ne protège pas, qui ne permet pas de bénéficier du modèle social français. Et nos entreprises ont besoin de stabilité, au risque de manquer d’efficacité voire de qualité », souligne Eric Abihssira.

Certains restaurateurs y sont même fermement opposés. « Je partage un peu le point de vue de l’Urssaf. On est en train d’ubériser la profession et je n’y suis pas favorable, cela amène de la précarité », explique Stéphane Manigold, président du groupe Eclore qui compte huit restaurants haut de gamme. « C’est très bien quand le marché est dynamique, mais pas du tout quand il se tend », prévient-il.

En attendant, le casse-tête reste entier pour les restaurateurs tentés d’avoir recours à des autoentrepreneurs. « Nous avons tous une épée de Damoclès au-dessus de la tête, car on ne sait pas comment cela va être interprété lors d’un contrôle. Durant les JO, il y aura énormément de recours, et donc énormément de risques », soupire Pascal Mousset.



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