Cartes IGN, le Google Maps français, peut-elle concurrencer les Gafam ?




Les cartes IGN à demi repliées sur le tableau de bord sont remplacées depuis longtemps par des navigateurs nichés dans le creux de notre main. Google Maps, Waze et autres Plans pourraient-ils être remplacés à leur tour par une application produite par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) ? Rien n’est moins sûr, mais l’application a d’autres atouts pour que sa carte nous donne une autre vision du territoire.

Le point du soir

Tous les soirs à partir de 18h

Recevez l’information analysée et décryptée par la rédaction du Point.

Merci !
Votre inscription a bien été prise en compte avec l’adresse email :

Pour découvrir toutes nos autres newsletters, rendez-vous ici : MonCompte

En vous inscrivant, vous acceptez les conditions générales d’utilisations et notre politique de confidentialité.

Cartes IGN, publiée par l’institut public le 15 mai, est en réalité un nouveau nom et une immense mise à jour de l’application Géoportail. Les utilisateurs de l’outil historique de l’IGN ont vu le changement dès lundi. La nouvelle mouture emporte des fonctionnalités que nous connaissons tous. Cartes ou photos aériennes, calcul d’itinéraire, recherche de commerces, points d’intérêt et horaires d’ouverture sont aux rendez-vous.

Sur ces points, la comparaison n’est pas toujours flatteuse : le trajet est disponible uniquement à pied ou en voiture et ne s’adapte pas au trafic, les horaires sont disponibles une fois sur deux en fonction des endroits, et les points d’intérêt, comme les arrêts de bus, toilettes publiques, bâtiments historiques ou commerces, se retrouvent pêle-mêle sur la carte.

Une carte non commerciale

Cette impression de confusion n’est pas un bug, c’est le principe même de l’application. « Les cartes des Gafam ont une représentation commerciale du monde, avec la valorisation de certains locaux plus que d’autres », explique Laurent Toustou, de l’IGN. « Nous, nous offrons la visualisation d’une donnée plus neutre, validée par nos services et enrichie par les informations d’OpenStreetMap lorsqu’elles sont disponibles. »

L’information « neutre », c’est celle apportée par les données topographiques de l’IGN. Hauteur des bâtiments, dates de construction, essences forestières, cultures des parcelles agricoles sont autant d’informations que possède l’IGN et qu’elle rend accessibles d’un simple clic sur la nouvelle application. « Les Gafam nous donnent une vision très urbaine du monde », reprend Sébastien Soriano, le directeur général de l’institut.

« Je trouve toujours triste de voir que ces services invisibilisent 90 % du territoire. Nous, nous montrons son exhaustivité. Pas uniquement les routes et les grandes enseignes, mais aussi les forêts, les champs, les zones naturelles… Notre conviction, c’est que lire le territoire, c’est déjà le changer. À l’heure de l’anthropocène, cela nous semble important. »

Comparer le présent au passé

Si le calcul d’itinéraire urbain reste sans doute l’apanage de Google et d’Apple, l’observation du territoire, elle, donne l’avantage à Cartes IGN. Parmi les fonds de cartes disponibles, on relève ainsi la Top 25, chère aux randonneurs pour sa précision des chemins et des dénivelés. L’institut met aussi à disposition sa bibliothèque d’images aériennes qui remonte aux années 1950 pour scruter le retrait du trait de côte, la transformation du bocage en grandes parcelles agricoles ou simplement l’urbanisation galopante des Trente Glorieuses à nos jours.

« Là où ils sont forts, c’est sur l’actualisation de l’information », juge Philippe Cocheril, responsable du système d’information géographique de Rennes Métropole. « Les collectivités territoriales mettent à jour les cartes dès la modification d’une rue, ou la construction d’un lotissement, par exemple. » Ces informations enrichissent ensuite les neuf jeux de données de référence de l’État, celles-là mêmes qu’utilise l’application de l’IGN.

Contribuer aux « géocommuns »

Faut-il pour autant remiser les cartes papier au grenier ? Si vous n’êtes pas adepte de la déconnexion totale, oui. La publication de cette application est aussi le symptôme d’une transformation de l’IGN. Elle publie ses données gratuitement, sous licence ouverte, depuis janvier 2021. La fin d’une particularité française qu’illustre Christophe Claramunt, directeur de recherche à l’École navale de Brest : « Les scientifiques américains disaient souvent que l’on devait payer les informations géographiques deux fois : d’abord avec les impôts qui financent l’IGN, puis lorsqu’on les achète à l’IGN. »

Le changement qui coïncide avec l’arrivée de Sébastien Soriano à la tête de l’institut public mène vers un horizon plus large, appelé les géocommuns. Le but : que chaque production d’information géographique puisse être utilisée par le maximum d’acteurs. Cet aspect collaboratif se retrouve d’ailleurs dans Cartes IGN. Parmi les options après avoir sélectionné une coordonnée, un bâtiment ou un point d’intérêt, celle nommée « signaler » permet d’indiquer une incohérence entre la carte et la réalité ou bien d’améliorer la précision des informations.

Les agents de l’IGN reçoivent le message, mais pas uniquement. Il est prévu que cet enrichissement volontaire soit également envoyé à OpenStreetMap, une sorte de Wikipédia cartographique, afin d’alimenter cet outil libre. Paradoxalement, ces géocommuns pourront aussi servir à Google Maps, Plans et consorts pour qu’ils améliorent leurs services. Preuve, s’il en fallait une, que Cartes IGN ne court pas exactement dans le même couloir.




Lien des sources