Casino : les nouveaux dirigeants confirment l’urgence de la relance


Il n’était que 113 présents à l’assemblée générale de Casino ce mardi au Palais de la mutualité à Paris. Les rescapés – hormis les représentants des repreneurs, Daniel Kretinsky, Fimalac et le fonds Attestor – des investisseurs individuels du distributeur qui se sont fait rincer par la restructuration financière opérée en mars. Une action ne vaut plus que 0,037 euro…

Signe des temps, la veuve de Carpentras – figure mythique de l’actionnariat individuel – n’a même pas pu faire échouer l’approbation des derniers émoluments pour 2023 et le début 2024 de l’ancien PDG Jean-Charles Naouri qui a mené le groupe au bord de la faillite. Résumés à 850.000 euros, privés de toute part variable, de prime de départ et de retraite chapeau, ils ont été approuvés à plus de… 99 % !

La trésorerie en priorité

Les derniers fidèles sont venus chercher quelques signes d’espoir dans la présentation du nouveau directeur général Philippe Palazzi. L’ancien dirigeant de Metro et Lactalis leur a fait un discours à la Churchill sur le thème : « La situation économique (de l’entreprise) est très dégradée » et « Il est impératif de revoir la gestion de la trésorerie ». Mais le Corse qui a pris les commandes il y a trois mois et qui touchera le même salaire fixe que son prédécesseur  l’a répété : « J’y crois ».

La perte nette de 7 milliards d’euros enregistrée en 2023 a été résorbée par la cession des foyers de perte que représentaient les supers et hypermarchés ainsi que par la vente de tous les actifs étrangers (Brésil et Colombie pour l’essentiel). La dette a été allégée de 5 milliards par la restructuration financière. Mais au premier trimestre 2024, il en restait encore 1,5 milliard et, surtout, 174 millions de trésorerie libre avaient encore été brûlés.

Le paiement des dettes sociales du groupe a absorbé 500 millions d’euros. Du 1,2 milliard d’euros injecté par l’augmentation de capital à laquelle ont souscrit les repreneurs, il ne reste que 700 millions pour relancer la machine.

Moins de caisses automatiques

Le plan stratégique sera annoncé « cet hiver » a affirmé Philippe Palazzi. Il y a un mois, il parlait de « cet automne ». Il faut dire que la manoeuvre est délicate. La priorité du nouveau dirigeant est d’en finir avec ce qu’il appelle « les prix assassins », ceux qui, trop élevés, font fuir les clients. C’est d’ailleurs pour tenir des tarifs à peu près concurrentiels que les franchisés qui opèrent le réseau de supérettes de proximité (Petit Casino, Vival, Spar) ont été aidés, ce qui a abaissé la marge d’Ebitda de cette branche à 5 %.

Les Monoprix, Franprix et Naturalia vont mieux et affichent des croissances de chiffre d’affaires légèrement positives. Leur valeur d’actifs a toutefois été dépréciée dans les comptes. La relance urgente passera par une « réhumanisation » des magasins. Philippe Palazzi veut remettre du personnel dans les rayons et réduire le nombre des caisses automatiques qui « ne sourient pas au client ».

45 millions de Français

Pour lui, la force du « nouveau Casino » tient à ses marques et aussi à sa cohérence. Le groupe réduit à 9 milliards de chiffre d’affaires annuel se concentre sur la proximité. Avec Monoprix et Franprix en ville et les supérettes à la campagne, il touche 45 millions de Français. « Le vieillissement et l’urbanisation font du commerce de proximité le commerce d’avenir » affirme le directeur général.

Les services centraux des enseignes comme la paie et l’informatique seront unifiés. La logistique réorganisée. Les marques propres mises en commun. Le développement reprendra ensuite, en franchise. Avec 73 % des Franprix exploités par des franchisés, 52 % des Monoprix et 92 % pour les supérettes et un Cdiscount qui se recentre sur les marchands tiers de sa « market place » le nouveau Casino s’affirme comme un spécialiste du « business to business » et de la franchise. Pas si loin, après tout, du modèle des indépendants Leclerc et Intermarché qui dominent la France de la distribution.



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