Ce qu’il faut savoir sur Eurofins, la nouvelle cible de Muddy Waters en France


C’est une exposition dont il serait sans doute bien passé. Eurofins, entreprise d’origine nantaise devenue championne du monde des tests d’analyse biologique, est dans le viseur de Muddy Waters , le célèbre vendeur à découvert de Wall Street. Un coup de projecteur qui a fait dévisser de 25 % l’action de cette entreprise méconnue du grand public, même si les années Covid l’avaient mise en avant quelques mois durant .

Eurofins avait été l’une des premières à développer en 2020 des tests de dépistage PCR de ce virus inédit et à mettre à disposition de la population son réseau de laboratoires pour répondre à cette crise sanitaire sans précédent. En deux ans, sa mobilisation a dopé de 50 % son chiffre d’affaires, avec un record de 6,5  milliards d’euros au terme de son exercice 2021 clos au 31 mars.

Et les investisseurs ont suivi. Tant et si bien, que le 17 septembre 2021, le titre remplace le géant informatique Atos dans le CAC-40, l’indice phare de la place de Paris, avec une capitalisation de 11,9 milliards d’euros. Une belle reconnaissance du chemin parcouru par cette ETI familiale née en 1987 de la valorisation des travaux de recherche de deux chercheurs au CNRS, Gérard et Maryvonne Martin. La technologie de résonance magnétique nucléaire permet d’identifier l’origine des sucres du vin : un outil précieux en cette fin des années 1980 où les fraudes à l’éthanol se multiplient.

Une histoire de famille

Aujourd’hui, Gilles Martin et son holding familial domicilié au Luxembourg contrôlent un tiers du capital et 60 % des droits de vote. Si le couple de chercheurs n’a pas la fibre entrepreneuriale, leur fils centralien Gilles n’en manque pas.

Avant même la fin de ses études supérieures, le jeune homme avait déjà créé deux start-ups. Gilles Martin se laisse convaincre de rentrer des Etats-Unis pour capitaliser sur cette technologie dite RMN-FINS et se lancer sur un marché encore très fragmenté. En baptisant ce spin-off EUROFINS, l’homme vise d’emblée l’international. Mais le marché du vin s’avère rapidement trop étroit par rapport aux ambitions de croissance de Gilles Martin.

Après avoir élargi son expertise à d’autres boissons, l’entreprise s’introduit en bourse en 1997 et se lance dans une course aux acquisitions pour élargir le panel des analyses proposées, non seulement dans l’alimentaire, mais également aux domaines en plein essor de l’environnement, de la pharmacie et de la biotechnologie, tant en France qu’à l’international.

Frénésie d’acquisitions

En trente-cinq ans, l’entreprise a réalisé plus de 450 opérations de croissance externe, s’implantant dans plus de soixante pays et élargissant son portefeuille à plus de 200.000 types de tests différents, prospérant dans un environnement marqué par la succession de crises sanitaires, la montée des exigences réglementaires et l’externalisation des tests par les géants de l’alimentaire et de la pharma/biotech dans la recherche de nouveaux traitements.

Forte de son réseau, l’entreprise, qui réalise 459 millions de tests par an, a été ainsi parmi les premières à concevoir des tests d’analyse de la vache folle, de la mélamine dans les laits maternisés chinois ou encore des OGM.

Si l’après Covid et l’inflation des coûts ont nécessité des rationalisations, Eurofins maintient son objectif de croissance de 10 milliards de chiffre d’affaires en 2027. A la tête de 60 % du capital avec sa famille, Gilles Martin s’inscrit dans le temps long, affirmant encore récemment « je gère l’entreprise pour les actionnaires qui veulent encore l’être dans cinq ans ». Le fonds activiste Muddy Waters, qui lui reproche l’opacité de sa gestion, lui en laissera-t-il le temps ?



Lien des sources