Des Yézidies à la guerre Israël-Hamas, Amal Clooney mène un combat intransigeant pour les droits humains




« Je ne pourrai jamais accepter que la vie d’un enfant vaille moins que celle d’un autre, qu’un conflit échappe au droit ou qu’un coupable se trouve au-dessus des lois. » C’est avec ces mots qu’Amal Clooney justifie sa participation à un panel de huit experts légaux, constitué par le procureur de la Cour pénale internationale Karim Khan pour examiner les crimes commis dans le cadre de la guerre à Gaza.

Ils ont conclu, à l’unanimité, qu’il était justifié d’émettre des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, son ministre de la défense Yoav Gallant, le chef du Hamas Yahya Sinwar et deux autres dirigeants de l’organisation islamique.

« Nous avons des motifs raisonnables de croire qu’ils ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité », dit l’avocate de 46 ans dans un communiqué. Une prise de position qui devrait mettre fin à des mois de critiques sur les réseaux sociaux, provoqués par son silence face au conflit à Gaza.

À La Haye, elle a travaillé pour le procès Milosevic

Née Amal Alamuddin en 1978 à Beyrouth, en pleine guerre civile, celle qui est devenue l’épouse de l’acteur George Clooney en 2014 a une connaissance intime des forces centrifuges ayant transformé cette région en poudrière. Alors qu’elle a deux ans, sa mère, journaliste pour le quotidien Al Hayat, et son père, vice-président de la Fédération universelle des associations d’agences de voyages, doivent fuir le conflit libanais, s’installant avec leurs deux filles dans le Buckinghamshire, au Royaume-Uni.

Amal Clooney y grandit, étudiant le droit à l’université d’Oxford, puis de New York. Après trois ans dans un cabinet new-yorkais à défendre des clients comme Enron et Arthur Andersen, elle décide de donner une nouvelle orientation à sa carrière en rejoignant la Cour internationale de justice à La Haye. Elle passe la fin de sa vingtaine à assister les procureurs en charge des procès de l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic et des responsables de l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri.

En 2010, elle se fait engager par le cabinet britannique Doughty Street Chambers, spécialiste des droits humains. Elle s’y attelle à défendre les victimes des génocides au Darfour et contre les Rohingyas au Myanmar. Une rencontre en 2016 avec Nadia Murad, une jeune femme issue de la minorité kurde yézidie transformée en esclave sexuelle par l’État islamique (EI), en fait l’égérie de cette cause.

Elle s’empare du cas de plus de 400 survivantes yézidies, s’en prend au conglomérat Lafarge, accusé d’avoir fourni du soutien à l’EI, et obtient en 2021 la première condamnation pour génocide d’un commandant de l’EI.

Une figure de l’engagement contre les violences faites aux femmes

La liberté de la presse est une autre de ses marottes. Elle a défendu des journalistes aux Philippines, en Birmanie et en Azerbaïdjan, tous victimes de persécution étatique. Elle a également obtenu la libération d’un chef de bureau d’Al-Jazira emprisonné en Égypte et a fait partie de l’équipe cherchant à empêcher l’extradition de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, aux États-Unis. Elle n’hésite pas non plus à voler au secours de dirigeants politiques ciblés par un régime autoritaire, à l’image de l’ex-Première ministre ukrainienne Yulia Tymoshenko ou de l’ex-président des Maldives Mohamed Nasheed.

En tant que femmes, nous ne faisons certes pas partie d’une minorité mais nous partageons un lien.Amal Clooney

Mais s’il devait y avoir un fil rouge qui traverse l’ensemble de sa carrière, ce serait les violences commises contre les femmes. « En tant que femmes, nous ne faisons certes pas partie d’une minorité, mais nous partageons un lien, a-t-elle estimé lors d’un discours en 2016. Ce n’est pas une connexion géographique, religieuse ou culturelle mais une expérience de vie partagée – un vécu que seules les femmes connaissent, des luttes qu’elles sont seules à devoir endosser. »

Outre les victimes yézidies, elle a pris la défense de 36 victimes d’agressions sexuelles sur une plantation de thé au Malawi et de 85 Kényanes ayant subi des attaques et viols de la part de gardes de sécurité.

Sollicitée pour prodiguer des avis légaux au Royaume-Uni, aux États-Unis et aux Nations unies, intervenante régulière à la Columbia Law School, ainsi que devant les tribunaux internationaux de La Haye, Amal Clooney est une figure respectée dans le milieu des droits humains. Ce n’est toutefois qu’à partir de 2013, après avoir été présentée par un ami commun à George Clooney, qu’elle est devenue une célébrité.

Le couple, qui possède une demeure à Sonning Eye, sur une île au milieu de la Tamise, partage son temps entre le Royaume-Uni, Los Angeles et le lac de Côme. En 2016, il a créé une fondation qui défend les victimes de persécutions dans 40 pays. Un an plus tard, il accueillait des jumeaux.




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