Electricité : comment Orange contourne les montagnes russes du solaire


Un contrat de fourniture d’électricité solaire à prix fixe sur quinze ans mais sans les chutes de production brutales de l’après-midi liées à la baisse des rayonnements du soleil. Voilà la promesse très attractive faite par le développeur renouvelable ZE Energy à l ‘opérateur télécom Orange , avec lequel il vient de signer un contrat à long terme d’un nouveau genre.

« Nous allons fournir de l’électricité tout au long de la journée grâce à des batteries installées à proximité de notre futur parc solaire prévu à Vert, dans les Landes », explique Mathieu Lassagne, qui préside ZE Energy.

Une première en France

Le parc solaire de 77 MW et ses batteries de 15 MW et 34 MWh seront opérationnels en 2025 et commenceront à approvisionner Orange à partir de 2026.

« Ce parc hybride cumulant solaire et stockage sera le premier à entrer en service en France », fait valoir Mathieu Lassagne.

Concrètement, le développeur s’engage à fournir à Orange un volume total d’électricité de 90 GWh par an. Sur la journée, il n’y a pas d’engagement de volume mais le développeur fait la promesse de livrer de l’électricité de façon moins erratique qu’avec une installation sans batteries, le stockage permettant de compenser la faible production des panneaux solaires le matin ou en fin de journée. Et aussi de valoriser l’électricité solaire parfois trop abondante à la mi-journée, quand les prix tombent en territoire négatif.

Traditionnellement bien plus onéreuses que des installations solaires classiques, ces parcs hybrides se développent surtout dans des zones où le solaire est très développé et où la volatilité des prix de l’électricité est extrêmement importante, en Californie par exemple. En France, la très faible pénétration du solaire n’y est a priori pas favorable.

Un parc compétitif avec le solaire traditionnel

Mais pour ce parc, Orange et ZE Energy revendiquent néanmoins une équation économique porteuse. « Le prix de l’électricité y est similaire à une centrale solaire classique », explique Mathieu Lassagne, qui évoque un prix en dessous des 80 euros le MWh auxquels ont été attribués certains appels d’offres solaires lancés par la Commission de régulation de l’énergie récemment.

Pour parvenir à un tel tarif, ZE Energy bénéficie d’un atout, ou plutôt d’un inconvénient transformé en un atout. Racheté au développeur Artemis et Phoebus, ce parc solaire dont la construction doit bientôt démarrer a vu son raccordement au réseau électrique rationné par Enedis, faute de place suffisante sur les lignes électriques. « On nous a proposé 50 MW alors que nous avions besoin de 77 MW », détaille Mathieu Lassagne.

L’économie générée sur le raccordement permet de financer en partie l’acquisition des batteries lesquelles permettent de stocker l’électricité solaire quand les prix sont bas pour la revendre quand les prix sont hauts. En outre, ces batteries peuvent être utilisées la nuit pour faire du trading ou rendre des services rémunérés au réseau électrique national, afin d’apporter des revenus complémentaires au producteur.

Encore marginal en Europe, ce modèle de parc « hybride » devrait essaimer rapidement, avec l’essor du solaire et son effet délétère sur les prix de l’énergie à la mi-journée, estime Mathieu Lassagne qui engage une nouvelle levée de fonds. Son objectif : lever 50 à 60 millions d’euros pour déployer ce modèle dans une vingtaine de parcs de production d’électricité en France, en Italie ou en Allemagne d’ici deux ans.



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