faut-il regarder la saison 3 de la série de Netflix ?




Confession d’une accro aux séries : les marivaudages, délicieusement acidulés, de la famille Bridgerton nous avaient (beaucoup) manqué. Après plus de deux ans de diète, on a donc savouré le plaisir même pas coupable des retrouvailles avec la haute société londonienne s’essayant aux jeux de l’amour qui ne doivent rien au hasard, mais tout à l’habileté de Shonda Rhimes, la reine de Hollywood et créatrice de la série.

Car si la recette est désormais connue, le charme agit toujours dans ce troisième chapitre de la romance historique adaptée des best-sellers de Julia Quinn, qui s’ouvre ce jeudi 16 mai sur Netflix. Et qui continue d’inviter Jane Austen et Gossip Girl, sinon dans la lettre (quoique !) du moins dans l’esprit, à chaperonner les débutantes en quête de bon parti dans un bal sériel pop, sexy et tourbillonnant, donné sous la Régence anglaise au XIXe siècle.

La Chronique des Bridgerton : Penelope et Colin à l’honneur dans la saison 3

Après Daphné (Phoebe Dynevor) et Anthony (Jonathan Bailey) Bridgerton, cette nouvelle saison s’intéresse donc aux amours de leur frère Colin (Luke Newton), qui grille ainsi la politesse à son aîné Benedict (Luke Thompson), héros du tome 3 de la saga littéraire. Impossible de lui en vouloir : sa valse-hésitation sentimentale avec sa meilleure amie Penelope Featherington (Nicola Coughlan) valait bien une petite entorse à l’ordre de publication des romans.

Ce n’est pas la très bien renseignée Lady Whistledown, dont l’esprit vif et la plume acérée alimentent la gazette mondaine la plus lue du royaume, qui prétendra le contraire : sous ce pseudo, à la fois craint et vénéré par toute l’aristocratie avide de ragots, se cache en effet ladite Penelope, démasquée par les scénaristes dans le final de la saison 1. Pas sûr cependant que la chroniqueuse, qui continue de cacher son identité à la bonne société de Mayfair, apprécie d’être la cible de ses propres potins, distillés en voix off (celle de Julie Andrews dans la version originale) et avec délectation tout au long de ces huit épisodes. Lesquels débutent sur une romantique leçon de séduction.

Les temps changent à Mayfair…

La Chronique des Bridgerton décline l’amour sous tous les tons, pop-rock de préférence. Après la passion en saison 1, le désir en saison 2, c’est le cœur (plus que le corps) que ce troisième volet ausculte. Depuis le mariage de Kate et Anthony, l’été a passé mais n’a pas pansé les plaies précédemment infligées. Et les choses ont changé, comme l’explique amèrement Penelope à Colin, de retour de voyage plein d’une nouvelle assurance.

Après avoir entendu le jeune homme, dont elle est amoureuse depuis l’enfance, tenir des propos peu élogieux à son égard, la belle désenchantée a en effet décidé de jeter son romantisme (et ses robes hideuses) par la fenêtre pour faire un choix de raison et se trouver un époux. La seule façon, selon elle, d’échapper à ses pimbêches de sœurs, parfaits avatars de Javotte et Anastasie, et à sa mère, dont l’ambition n’a d’égale que la trivialité.

Un relooking – spectaculaire – plus tard, la voilà prête à la chasse au mari. Las ! Son ramage ne se rapporte pas vraiment à son nouveau et très beau plumage. Faute de confiance en elle, Penelope accumule les impairs et fait fuir ses rares prétendants. Colin, qui veut regagner ses faveurs amicales, lui propose de l’aider avec quelques conseils sur l’art de séduire en société. Mais quand l’élève commence à surpasser le maître, celui-ci se met à douter de ses propres sentiments. Sauf que, désormais, elle seule peut décider qu’ils se parlent d’amour ou d’amitié (vous l’avez ?).

Les deux tourtereaux ne sont pas les seuls à être affectés par le vent du changement qui souffle sur Mayfair. En froid avec Penelope après avoir découvert son secret, la frondeuse Eloïse Bridgerton (Claudia Jessie, irrésistible) a pactisé avec leur ennemie jurée. Décidée à « joindre le camp des gagnants » et de rentrer dans le rang de ce monde corseté, elle a aussi troqué les essais féministes qu’elle dévorait pour les romans de Jane Austen (on apprécie le clin d’œil savoureux des scénaristes), plus proches selon elle de la réalité : « Les livres que je lisais avant sur les femmes qui trouvent leur chemin hors de la société étaient des romances. Emma parle d’amour avec humour et de la trahison en amitié. Et c’est plus probable », assène-t-elle à son frère surpris de son revirement.

… mais les fondamentaux restent

Les héros évoluent donc mais la série, elle, continue de graver sa piquante fantaisie et ses fondamentaux dans le marbre, y compris celui de ses décors toujours plus fastueux. Dans les jardins et les salles de bal, dans les appartements et les chambres à coucher, chaque plan offre une luxueuse composition de formes et de couleurs, depuis les magnifiques bouquets de fleurs jusqu’aux riches costumes des aristocrates, en passant par les extravagantes perruques de la reine Charlotte. Mention spéciale à la version lac des cygnes, ornée de ces gracieux oiseaux dansant grâce à un moteur mécanique !

À LIRE AUSSI « La Reine Charlotte » : que vaut la série dérivée de « La Chronique des Bridgerton » ? Un vrai plaisir des yeux donc… et des oreilles. Car La Chronique des Bridgerton s’illustre aussi par son originale bande-son, qui revisite façon quadrille les tubes de Sia, Billie Eilish et autres BTS (la K-Pop est entrée dans les mœurs) pour rythmer son ballet des cœurs et ses chorégraphies parfaitement millimétrées.

Reste enfin à nourrir l’esprit, et pas uniquement avec de savoureux dialogues. Si la série n’a pas d’autre ambition que de divertir, elle n’en profite pas moins pour saupoudrer ses intrigues amoureuses de thèmes sociétaux chers à Shonda Rhimes. Portée par un casting inclusif, elle questionne ainsi les injonctions de la société, le statut des femmes et les inégalités (de classe, de genre, de couleur de peau), dans cette époque fantasmée, peut-être pas si éloignée de la nôtre : « Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? interroge le propriétaire d’un club, récemment anobli par la grâce d’un héritage. Rien, absolument rien, comme tous les autres barons ou vicomtes. » Et de suggérer à sa femme : « Mais profitons-en ! »

Un excellent conseil s’agissant de cette troisième saison, dont les défauts – certains personnages et histoires secondaires manquent d’intérêt – ne sauraient occulter le pouvoir addictif, toujours intact. Il faudra pourtant attendre avant d’en connaître l’épilogue. Netflix réserve en effet la diffusion de ses quatre derniers épisodes au 13 juin…




Lien des sources