Inquiets, les pharmaciens durcissent le ton face au gouvernement


Les pharmaciens veulent davantage de moyens. Les syndicats représentant les officines ont prévenu jeudi qu’ils pourraient se mettre en grève le 30 mai prochain si l’exécutif ne répond pas à leurs inquiétudes.

La menace est lancée alors que ces mêmes syndicats sont en train de rediscuter de la façon dont les pharmacies sont financées par la Sécurité sociale après des années pendant lesquelles leurs revenus ont été tirés à la hausse par la crise du Covid.

Même si la proposition faite par l’Assurance Maladie est jugée « intéressante » par la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), « toutes les pharmacies ne pourront pas passer le cap de l’année », a assuré son patron Philippe Besset ce jeudi en conférence de presse. «Le budget qui est sur la table ne permet pas de financer toutes les officines», selon lui.

Grève des gardes

D’où la décision de prévoir une « journée d’interpellation », avec à la clé des fermetures d’officine et des manifestations « organisées un peu partout en France ». Le mouvement est soutenu par l’autre syndicat représentant la profession, l’Union des syndicats des pharmaciens d’officine (USPO) qui prévoit aussi une grève des gardes ce week-end, « du samedi au lundi ».

« La pharmacie d’officine subit une dégradation économique continue, sans bénéficier de revalorisations significatives depuis plusieurs années, alors qu’on leur demande d’effectuer des missions supplémentaires de santé publique », dénonce le syndicat dans un communiqué. 

Aider les pharmacies isolées

L’Assurance Maladie a proposé d’augmenter les honoraires touchés par les pharmaciens à chaque fois qu’ils traitent une ordonnance ou encore de mieux payer les gardes de nuit. Elle se montre aussi prête à soutenir les officines installées dans des villages où il n’y a pas de médecins, avec une aide pouvant aller jusqu’à 20.000 euros par an.

Autant de gestes qui sont bien accueillis par la FSPF. L’organisation estime cependant que le compte n’y sera pas financièrement, du moins pas assez rapidement. Elle vise une augmentation des ressources des pharmacies par rapport à 2019 de 1 milliard d’euros dès 2025. Une cible qui serait atteinte entre 2026 et 2027 selon les plans de la Sécurité sociale.

Le poison des pénuries

La mobilisation annoncée se veut aussi être l’occasion d’interpeller l’exécutif sur les pénuries de médicaments qui empoisonnent la vie des patients et des pharmaciens. « Il y a une sorte de double discours du gouvernement sur le sujet, estime Philippe Besset. Il y a à la fois un engagement de réindustrialisation du pays mais en même temps des baisses de prix [payés par la Sécurité sociale aux laboratoires pour faire des économies budgétaires], déplore-t-il.

La mise en vente par le groupe Servier du poids lourd des médicaments génériques Biogaran , fait redouter une aggravation des pénuries alors que ce laboratoire fait fabriquer une grande partie de ses médicaments en France. « Il n’est pas question que les médicaments de Biogaran soient produits en Inde », alerte Philippe Besset alors que selon « Les Echos », deux fabricants de génériques indiens se sont dits intéressés par le rachat.

« Amazon pharmacien »

Autre motif d’inquiétude pour les pharmaciens : la volonté affichée par le chef du gouvernement en début d’année de faciliter les ventes de médicaments en ligne par les pharmacies. Ce projet qui viserait les médicaments non remboursables pourrait revenir à créer un « Amazon pharmacien », selon la FSPF qui ne voit pas l’intérêt d’une telle solution pour favoriser l’accès aux médicaments.

« Face aux menaces de dérégulation et à l’émergence de plateformes de vente en ligne de médicaments, il est primordial de garantir un accès sécurisé et de qualité aux soins pour tous les patients », assure l’USPO dans un communiqué.



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