La fièvre de l’intelligence artificielle propulse Nvidia au zénith des Bourses mondiales


Le ciel pour seule limite. Après une ascension éclair, le concepteur des puces électroniques les plus demandées pour les applications d’intelligence artificielle vient de se hisser au sommet des Bourses mondiales. Mardi soir, à la clôture du Nasdaq, sa capitalisation de Nvidia a atteint 3.335 milliards de dollars, soit plus que l’ensemble des sociétés cotées à Paris ou que le PIB de la France. Jamais une société n’avait été autant valorisée en Bourse.

L’essor spectaculaire de Nvidia à Wall Street donne le vertige. Le groupe de Santa Clara, dans la Silicon Valley, a doublé Microsoft et Apple, les deux mastodontes de la tech américaine du XXIè siècle, porté par l’appétit insatiable des investisseurs pour l’IA générative.

Le cours de Nvidia a suivi une trajectoire exponentielle. Il a bondi de 40 % en un mois, de 170 % depuis le début de l’année et de 200 % sur un an. Il s’est envolé de 1.107 % depuis son dernier creux, atteint en octobre 2022, juste avant qu’OpenAI déclenche un emballement débridé pour l’IA avec la présentation de son logiciel ChatGPT. En 25 ans, depuis son introduction en Bourse en pleine bulle internet en 1999, Nvidia a généré un rendement total, dividendes compris, de 591.078 %.

Hypothèses agressives

« Toute la question est de savoir combien de temps Nvidia va rester au sommet des Bourses mondiales », remarque Jacques-Aurélien Marcireau, chez Edmond de Rothschild AM. « Pour envisager que son règne dure, il faut s’appuyer sur des hypothèses très agressives de déploiement rapide de l’IA générative dans tous les secteurs économiques », explique-t-il. Indéniablement, les profits ont été au rendez-vous jusqu’à présent. Contrairement à ce qui a pu se passer durant la bulle internet, la progression boursière de Nvidia s’est accompagnée d’une croissance spectaculaire de ses revenus et de ses bénéfices. Mais depuis le début de l’année, sa progression boursière s’est détachée de celle de ses profits, et les multiples de valorisation sont repartis en forte hausse.

Désormais l’action Nvidia s’échange à un prix d’environ 44 fois les bénéfices attendus l’an prochain, contre une moyenne de 21 pour les entreprises du S&P 500. Microsoft et Apple, qui sont au coude-à-coude avec Nvidia avec des capitalisations boursières d’environ 3.300 milliards de dollars chacune, affichent des multiples d’environ 30.

Apple réalise des profits d’environ 100 milliards de dollars par an depuis 2021, pour un chiffre d’affaires de plus de 350 milliards, même si la marque à la pomme a plus de peine à croître dernièrement. Microsoft continue de grandir à un bon rythme, et pourrait engranger 280 milliards de revenus en 2025, pour près de 100 milliards de bénéfices.

Une très belle valeur

Les analystes estiment que Nvidia atteindra 160 milliards de revenus en 2026, pour près de 90 milliards de profits, ce qui se rapproche des niveaux atteints aujourd’hui par ses rivaux. Mais son activité, et ses marges spectaculaires, restent très dépendantes d’une mise en oeuvre à marche forcée de la révolution de l’IA générative. « Le cours anticipe désormais de très belles années pour le groupe, c’est une situation à risque », selon Jacques-Aurélien Marcireau. « Nvidia est sans aucun doute une très belle valeur, mais ce n’est plus forcément un bel investissement, les perspectives d’appréciation du titre sont assez faibles aujourd’hui », avance-t-il.

Cours de Nvidia

Cours de Nvidia« Les Echos »

En moins de six mois, depuis le début de l’année, la capitalisation boursière du groupe a gonflé de 2.100 milliards de dollars, soit l’équivalent de plus de 3 fois la capitalisation de Novo Nordisk, la plus grande société cotée européenne (630 milliards), et plus de 5 fois celle de LVMH, la première société du CAC 40 (380 milliards de dollars). De quoi faire de Jensen Huang, le fondateur de Nvidia, l’un des hommes les plus riches du monde. Même s’il ne détient que 3,5 % des actions de la société, cette participation vaut désormais près de 120 milliards de dollars, ce qui le place à la 12e place au classement mondial des milliardaires de Bloomberg.

Incontournable

Pourtant, certains n’excluent pas une poursuite de la hausse. « Les valorisations n’ont pas vraiment de plafond fixe à Wall Street pour des valeurs avec une si forte dynamique », rappelle David Rainville de Sycomore AM. Plusieurs facteurs techniques ont contribué à la progression rapide du cours et peuvent continuer à jouer en sa faveur. « Beaucoup d’investisseurs sont insensibles au prix, qu’il s’agisse de la gestion passive, des hedge funds qui suivent des stratégies de momentum ou encore des investisseurs particuliers, très actifs sur le titre notamment via des options », explique-t-il.

Parier sur les « Sept Magnifiques » – à savoir Nvidia, Microsoft, Apple, Amazon, Meta, Google et Tesla – fait plus que jamais consensus chez les professionnels de l’investissement, selon l’enquête réalisée auprès d’eux chaque mois par Bank of America. Il faut dire que Nvidia a contribué à lui seul à plus de 35 % de la hausse du S&P 500 (+15 %) cette année, l’un de ses 5 meilleurs premiers semestres des 50 dernières années. Les « Sept Magnifiques » dans leur ensemble ont représenté près de 60 % de la progression de l’indice, et ce malgré la chute de 25 % du cours de Tesla cette année. « Beaucoup de gérants actifs ont du mal à suivre tellement la concentration est forte, si on n’a pas Nvidia en portefeuille c’est très compliqué de maintenir le rythme face aux indices de référence, la Big Tech est absolument incontournable », reconnaît un gérant. Revers de la médaille, si Nvidia devait décevoir à l’occasion de l’une de ses publications, le choc serait brutal pour Wall Street et l’ensemble de la tech.

Capitalisation boursière des géants de la technologie

Capitalisation boursière des géants de la technologie« Les Echos »



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