La morphine, cette drogue utilisée comme un médicament




Impossible d’évoquer la morphine en faisant l’impasse sur l’opium, la première étant un composant du deuxième. L’opium désigne le latex blanc qui coule du pavot après scarification de la capsule contenant les graines. Très tôt dans la préhistoire, les hommes ont utilisé les vertus sédatives et analgésiques de l’opium. Peut-être même avant la naissance de l’agriculture. Les archéologues ont identifié des graines et des fragments de capsules de pavot dans le tartre d’hommes ayant vécu voilà 7 000 ans. Le texte d’une tablette vieille de 4 000 ans confirme que le royaume de Sumer connaissait déjà les effets sédatifs de l’opium.

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À l’époque de Toutankhamon (-1 300 av. J.-C.), les Égyptiens cultivaient le pavot pour recueillir son opium. Ils l’utilisaient pour vaincre les insomnies, pour soulager les douleurs et pour calmer ses nerfs. Le papyrus Ebers, datant de -1 500 av. J.-C., préconise le pavot pour calmer les pleurs des enfants. Les pharaons et les prêtres égyptiens fumaient l’opium pour entrer dans un état onirique.

D’Homère à Charles Dickens

De même, les Crétois et les Minoens s’en servaient pour atteindre l’extase lors des cérémonies religieuses. Les Grecs suivirent le mouvement. Homère mentionne le pavot au VIIe siècle avant notre ère. Les guerriers grecs faisaient appel à l’opium pour partir au combat l’âme sereine. Au IIe siècle, le médecin grec Gallien lui attribuait des propriétés rafraîchissantes et desséchantes et analgésiques.

Père de la médecine occidentale, il avait concocté pour les empereurs romains un breuvage antipoison à base, entre autres, d’opium et de venin de vipère. Cette thériaque (breuvage antipoison) était censée guérir les personnes ayant été mordues par une vipère ou un chien enragé, piquées par un scorpion ou encore ayant bu de la ciguë.

C’est Alexandre le Grand qui aurait introduit le pavot en Inde. Les Arabes contribuèrent à sa diffusion dans le monde entier. Un livre médical chinois datant de – 973 av. J.-C. mentionne l’opium pour soigner la dysenterie. En Europe, le pavot est cultivé très tôt. II figure dans un ouvrage listant les plantes ménagères rédigé du temps de Charlemagne. On lui prêtait des vertus soporifiques.

Au XIIIe siècle, les inquisiteurs faisaient boire à leurs victimes une décoction à base d’opium pour qu’elles puissent supporter la torture plus longtemps. En 1484, l’Église condamne l’usage non médicinal de l’opium (ainsi que celui du cannabis). Au XVIe siècle, le médecin et philosophe suisse Paracelse crée le laudanum (appelé également vin d’opium ou teinture d’opium) en faisant macérer de l’opium dans de l’alcool. Il le préconise pour soulager les vieillards en fin de vie.

Son usage se répand dans toute l’Europe, surtout dans le monde ouvrier pour s’évader de leur triste vie. Charles Dickens a écrit que les nourrices anglaises en mettaient dans les biberons pour que « le nourrisson devienne aussi paisible que la mort ». Les navires négriers utilisaient le laudanum pour lutter contre la dysenterie de leurs passagers.

Quand les chimistes transforment l’opium

Il faut attendre le début du XIXsiècle pour que la morphine soit extraite de l’opium. En 1805, un commis pharmacien de 22 ans, Friedrich Sertürner, isole le principe actif de l’opium, qu’il nomme morphine en l’honneur du dieu Morphée. Celle-ci est prescrite pour calmer les névralgies. En 1832, un chimiste français identifie un deuxième alcaloïde de l’opium, la codéine. Enfin, en 1848, un étudiant allemand identifie un troisième alcaloïde, la papavérine.

En 1848, la firme Bayer entame la commercialisation de la morphine et deux ans plus tard ont lieu les premières injections par aiguille. Les médecins mettent la morphine à toutes les sauces. C’est de la folie. Elle est prescrite contre le diabète, l’anémie, l’angine de poitrine, la nymphomanie, la syphilis, la folie et même l’alcoolisme. En France apparaît une teinture d’opium aux vertus antidiarrhéiques et sédatives comme le fameux élixir parégorique. Simultanément, la toxicomanie se répand comme une traînée de poudre.

En 1874, le médecin anglais Charles Wright synthétise pour la première fois de l’héroïne à partir de la morphine. Cette substance psychotrope est utilisée en médecine pour lutter contre la tuberculose et d’autres affections du système respiratoire. Ce qui est amusant, c’est que les médecins pensaient supprimer avec l’héroïne l’addiction à la morphine qui elle-même avait été présentée comme un substitut à l’opium. Jusqu’à 1914, l’héroïne est en vente libre avec la réputation de soigner l’asthme et la diarrhée. Certains l’utilisent même pour aider les enfants à trouver le sommeil.

Durant la Première Guerre mondiale, les chirurgiens utilisent la morphine pour calmer la douleur des blessures et pour supporter une imputation. Très vite, les autorités médicales s’aperçoivent que les individus traités avec de la morphine développent un comportement addictif. Elle rend euphorique. En 1916, le gouvernement français place la morphine dans la catégorie des stupéfiants. Interdit, donc, d’en absorber hors usage médical.

Aujourd’hui, la morphine continue à être utilisée dans le milieu médical car elle atténue les douleurs intenses mieux que n’importe quelle autre substance. Seul un dosage rigoureux permet d’éviter des phénomènes d’accoutumance.




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