Le fondateur d’Archegos condamné pour fraude et manipulation de marché


Il a fallu un jour et demi aux jurés pour rendre leur verdict, dans le procès d’un des plus gros scandales ayant secoué Wall Street ces dernières années. Mais celui-ci est sans ambiguïté. Bill Hwang, fondateur d’Archegos a été reconnu coupable de dix chefs d’accusation sur les onze qui lui étaient reprochés principalement pour des fraudes et des manipulations de cours. Patrick Halligan, le directeur financer du « family office », est également reconnu coupable sur trois inculpations.

Les peines ne seront connues que le 28 octobre, mais l’ex-gérant de hedge fund risque en théorie jusqu’à 200 ans de prison, et son grand argentier 60 ans. Une sévérité saluée par l’accusation. « Ce verdict devrait envoyer un message retentissant : notre bureau continuera à surveiller les marchés financiers d’un oeil de lynx et à demander rapidement des comptes à ceux qui pensent pouvoir tromper le système » a déclaré dans un communiqué l’Attorney General (qui joue le rôle de procureur) en charge du dossier.

Onde de choc

La sentence potentielle est en tout cas à la hauteur de l’onde de choc qui a secoué Wall Street, mis à mal plusieurs banques dont une – Crédit Suisse – n’a pas vraiment pu s’en relever , et lésé des dizaines de milliers d’actionnaires de sociétés cotées. Avec à la clé une perte de 10 milliards de dollars pour Nomura, Credit Suisse, UBS et Morgan Stanley. Et plus de 100 milliards de dollars de capitalisation boursière partis en fumée.

Via son « family office », un fonds privé soumis à des obligations de transparence bien moindre qu’un fonds ouvert, Bill Hwang s’est mis à prendre des positions démesurées dans des sociétés appartenant principalement au secteur des médias et de la technologie, qu’il appréciait particulièrement. Parmi celles-ci figuraient ViacomCBS, Tencent, Baidu ou Discovery.

Mais au lieu d’acheter directement des actions, il a utilisé des « equity total return swaps ». Ces produits dérivés permettent de s’exposer à la performance d’une action, sans la détenir. Et, surtout, de le faire de façon anonyme comme c’était le cas à l’époque. « Aucun participant au marché n’a pu remonter les transactions vers cet acheteur unique, a déclaré le procureur lundi dans son réquisitoire final. Personne n’a pu voir qu’Archegos passait des ordres simultanés auprès de plusieurs courtiers. » Sous l’effet de ces achats massifs, les cours des sociétés ciblées par Bill Hwang et son équipe ont monté.

Dissimulation

Le family office a aussi caché l’importance de ses engagements à ses banques, afin d’obtenir des prêts conséquents et alimenter ainsi sa spéculation. Il a utilisé un fort effet de levier, affichant une exposition de marché de 160 milliards de dollars alors qu’il ne possédait lui-même que 36 milliards de dollars d’actifs.

Mais au printemps 2021, cette mécanique s’est grippée. ViacomCBS a annoncé une augmentation de capital, une perspective qui a fait chuter son action. Les banques qui avaient prêté à Archegos pour que ce dernier achète ses equity swaps ont demandé plus de garanties. Et faute de paiement, elles se sont mises à vendre les actions qu’elles avaient elles-mêmes achetées pour se couvrir. Ce qui a accéléré le cycle de baisse et les déboires du fonds.

Lors du procès, les avocats de la défense ont affirmé que les banques ne pouvaient être entièrement considérées comme des victimes, car elles avaient manqué à leur devoir de vigilance. De fait, à l’époque, Bill Hwang n’était pas très connu. Et sa réputation n’était pas des meilleures. Issu comme de nombreux créateurs de hedge fund, du célèbre fonds Tiger de Julian Robertson, il avait lancé en 2001 sa propre structure Tiger Asia Management. En 2012, après notamment des accusations de délit d’initié, il avait décidé de convertir son fonds en family office.

Les banquiers ont répondu qu’ils avaient été trompés, que des faux documents leur avaient été communiqués, et que ce n’est qu’au dernier moment qu’ils s’étaient rendu compte de l’ampleur de la menace.



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