Le gouvernement dévoile le vrai coût du nucléaire


Publié le 19 sept. 2023 à 19:43

Ce mardi, le gouvernement a mis sur la table une donnée essentielle pour toutes les entreprises qui demandent ardemment à sortir du flou sur le niveau des prix de l’électricité dans les années à venir.

Dans un document dévoilé par le média Contexte puis officialisé par le ministère de la Transition énergétique, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) établit à 60,7 euros le MWh le coût complet de production de l’électricité nucléaire des centrales d’EDF. Ceci pour les années 2026 à 2030. Au-delà – entre 2030 et 2035 – il est évalué à 59,1 euros puis à 57,3 euros le MWh entre 2036 et 2040.

Une inflation des coûts très significative

Très loin donc des 42 euros le MWh auquel sont vendus actuellement près de 280 TWh d’électricité nucléaire produits chaque année par EDF dans le cadre du mécanisme de l’« Arenh ». Très loin aussi de l’estimation qu’avait réalisée la Commission de régulation de l’énergie en 2020, dans le cadre des travaux sur la refonte d’EDF. La CRE avait alors estimé ces coûts complets à un niveau proche de 48 euros le MWh. Entre-temps, la progression des taux d’intérêt, du coût du capital pour EDF et l’inflation des matières premières a nettement changé la donne.

Pour les entreprises et les ménages, cette nouvelle donne n’est pas forcément une mauvaise nouvelle en soi. Pour assurer aux Français de tirer malgré tout les bénéfices en matière de compétitivité des investissements réalisés dans le parc nucléaire, Emmanuel Macron s’est engagé dès février 2020 à Belfort, à mettre en oeuvre « en accord avec la Commission européenne, une nouvelle régulation de l’électricité nucléaire (en remplacement de l’« Arenh ») afin que les consommateurs français, ménages et entreprises, puissent bénéficier de prix stables, proches des coûts de production de l’électricité en France ».

Une régulation en débat

Sur la table de l’exécutif depuis de long mois, la définition des contours de cette régulation doit être arbitrée en interministériel ces prochains jours. « Il y a urgence à donner de la visibilité aux entreprises, il faut aussi harmoniser la position française avant le début des trilogues sur la réforme du marché européen », explique une source au fait du dossier.

Selon nos informations, les ministères concernés, Matignon et l’Elysée pourraient s’entendre sur la mise en place d’un plafond de prix sur la vente d’une partie de l’électricité nucléaire produite par EDF à un niveau proche des coûts de production qui avoisinerait les 70 euros le MWh.

Pour répliquer « l’effet Arenh » sur l’économie, la mesure pourrait toucher des volumes similaires à ceux concernés par l’« Arenh » aujourd’hui, soit près de 280 TWh chaque année.

Reste néanmoins à convaincre EDF toujours très hostile à l’idée de voir une part majeure de ses revenus plafonnée à un niveau proche de ses coûts de production. « Le seul grain de sable c’est le « jusqu’au-boutisme » de Luc Rémont », explique un proche du dossier.

Fervent défenseur du marché et des contrats à long terme, le patron de l’électricien a engagé des négociations en bilatérale avec de nombreuses entreprises ces derniers mois pour montrer qu’une voie reflétant plus le marché est possible. Ces efforts risquent toutefois d’être mis à mal par les chiffres publiés par la CRE ce mardi. « Plus personne ne voudra signer à des prix très loin des coûts », atteste un industriel.



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