« Le Melon », chef-d’œuvre de Chardin à la vente chez Christie’s




Au rayon des snobismes de 2024, rien ne battra une petite phrase courant dans les dîners en ville, prononcée avec une petite moue : « Et vous, êtes-vous plutôt abricots, fraises, ou melon ? »

Répondre en parlant primeurs vous fera passer pour un sot. Cette apostrophe est culturelle depuis 1761, quand furent exposées au Salon trois toiles de Chardin : Le Bocal d’abricots – qui fait partie des collections du musée des Beaux-Arts de l’Ontario, à Toronto –, Le Panier de fraises des bois – désormais, après quelques péripéties et 24,3 millions d’euros, au Louvre –, et enfin Le Melon entamé, que Christie’s propose à la vente le 12 juin – avec une estimation de 8 à 12 millions d’euros…

Un miracle pictural

Un événement rare : la nature morte est célèbre, tant par sa qualité intrinsèque que par son histoire… De Diderot à Pierre Rosenberg, tous se sont interrogés sur ce tableau ovale, cet « éloge de la rondeur, comme dit aujourd’hui Pierre Étienne, directeur international des tableaux anciens chez Christie’s. C’est une œuvre de pleine maturité dans l’équilibre de la composition, la maîtrise de la lumière et des couleurs. Le “Vermeer français” qu’est Chardin saisit ici l’évanescent, l’éphémère. »

Un miracle pictural au pedigree impeccable : peint en 1760, il est donc présenté au Salon de 1761 comme appartenant à « M. Roëttiers, orfèvre du roi », probable commanditaire de l’œuvre. En 1802, il est acquis par Guillaume Jean Constantin, qui sera conservateur des collections de l’impératrice Joséphine à la Malmaison…

Merci Marcille

Son sort devient légendaire lorsqu’il rejoint les cimaises de François Marcille, qui constitue en quelques années seulement la plus fabuleuse agrégation XVIIe siècle, forte de 4 500 tableaux, dont 40 Boucher, 25 Fragonard et pas moins de 30 Chardin, que ses fils auront le bon goût d’exposer.

En 1876, au gré de la succession de Camille Marcille, fils de François, Le Melon entamé est acquis par la baronne Charlotte de Rothschild, fille de Betty et de James, fondateurs de la branche française, et épouse de Nathaniel. La nature morte rejoint ainsi une autre dynastie d’immenses collectionneurs, mais disparaît aux yeux du public.

Ce mois de juin 2024 est donc une occasion unique de découvrir ce chef-d’œuvre avant sa vente – et de décider si l’on est plutôt abricots, fraises ou melon.

Vente le 12 juin. Exposition publique, du 8 au 12 juin 2024, chez Christie’s, 9, avenue Matignon, Paris 8e.




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