« Les braises de la LGBTIphobie sont allumées », alerte SOS Homophobie




377. Tel est le nombre de cas de LGBTIphobie reçus par l’association SOS Homophobie en 2023. « Une nouvelle année encore, nous constatons la persistance et l’ancrage de l’exclusion, des discriminations et de la haine à l’encontre des lesbiennes, gays, bis, trans et intersexes (LGBTI), malgré l’évolution des lois et des mentalités », écrit Julia Torlet, présidente de l’association en préambule du nouveau rapport de SOS Homophobie sur les LGBTIphobies de 2024, qui paraîtra jeudi.

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En 2023, l’association a récolté 2 085 témoignages via ses dispositifs d’écoute et de soutien aux victimes, que ce soit par téléphone, par chat’écoute ou par formulaire de témoignage. Sachant qu’un témoignage peut recouvrir plusieurs cas de LGBTIphobie, l’association note une augmentation de 38 % du nombre de témoignages par rapport à l’an passé. « Un rapport qui n’est pas exhaustif », explique lors d’un point presse Julia Torlet, tant le recensement des violences est difficile. « Combien d’actes sont tus, invisibilisés ? » questionne encore la responsable.

Pour la présidente de l’association, 2024 est « une année qui nous préoccupe ». « Au-delà des chiffres, ce qui nous inquiète particulièrement, ce sont les tendances qui se dégagent, développe-t-elle. Nous avons l’impression que les braises de la LGBTIphobie sont allumées, le feu est prêt à prendre. »

Des violences qui touchent particulièrement les gays

Comme l’explique Ugo Ziccarelli, co-référent de la commission du rapport annuel, les chiffres du nombre d’agressions et de discriminations LGBTIphobes ne sont pas comparables entre 2022 et 2023, l’association ayant modifié sa méthodologie pour y inclure plus de cas. Ce rapport ne représente « qu’une partie infime » des violences vécues par l’ensemble de la communauté LGBTI. « Nous ne parvenons pas à avoir de rapport exhaustif du champ des LGBTIphobies », se désole Julia Torlet.

À LIRE AUSSI Paris : un homme victime d’une agression homophobe dans un barLes premières victimes recensées de ces violences sont les hommes homosexuels (45 %), avec une hausse constatée du phénomène « débridé » de guet-apens homophobe. « Les lesbiennes demeurent toujours peu visibles, ce qui se traduit notamment par le faible nombre de témoignages reçus. L’une des explications est que les lesbiennes sont à la croisée de deux discriminations : l’homophobie et le sexisme », explique Julia Torlet.

Ces violences s’associent dans 13 % des cas à un « mal de vivre », qui prend la forme de crainte vis-à-vis de la réaction de l’entourage, de peur dans les lieux publics ou dans le voisinage, de sentiment de culpabilité ou encore de détresse mentale et de dépression. « Aucun espace n’est protégé » des violences, ajoute Julia Torlet. Mais le cadre familial reste le lieu principal où se manifeste ce mal de vivre (20 % des cas).

« Banalisation de la parole haineuse »

La présidente de SOS Homophobie alerte aussi d’une « banalisation de la parole haineuse » dans le débat public et sur les réseaux sociaux. En 2023, 23 % des cas de LGBTIphobie ont eu lieu en ligne. « Les discours LGBTIphobes et complotistes s’intensifient sur Internet, et le harcèlement sur les réseaux sociaux cible particulièrement les jeunes LGBT », constate SOS Homophobie.

L’association pointe notamment la baisse significative de modération sur X (ex-Twitter), actée par Elon Musk à son arrivée à la tête de l’entreprise, comme un des responsables « de la prolifération de discours haineux ». Ainsi, malgré le règlement européen en matière de lutte contre les discours haineux et l’obligation des plateformes de les supprimer, 85 % des cas signalés à SOS Homophobie sont publics.

À LIRE AUSSI « Pas d’ambiance homophobe ou sexiste » : l’école Stanislas répond à la polémiqueL’association dénonce également des discours « complotistes réactionnaires » d’organisations et d’associations, comme le mouvement Parent vigilants, issue du parti Reconquête, qui viennent utiliser les plateformes « pour exercer une pression sur le système éducatif et promouvoir une idéologie LGBTIphobe ». « Face à ces attaques, nous faisons face à un silence gouvernemental abyssal sur les enjeux LGBTI, un silence coupable qui contribue à banaliser les violences LGBTIphobes », soutient Julia Torlet dans son rapport.

L’association appelle à une réaction du gouvernement

L’autre point d’inquiétude pour SOS Homophobie est la « vague » de transphobie en cours. Les transsexuels sont ainsi la deuxième communauté la plus touchée par les discriminations, derrière les hommes homosexuels.

Dans ce contexte, SOS Homophobie demande, entre autres, « un soutien gouvernemental accru pour garantir les droits et l’intégrité des personnes trans » et « pour lutter contre les attaques transphobes dans les médias et sur Internet ». Récemment, l’association a annoncé son intention de porter plainte contre les autrices du livre controversé Transmania Dora Moutot et Marguerite Stern.

À LIRE AUSSI « Transmania » : les associations LGBT préparent la riposteGlobalement, l’association appelle à une réaction du gouvernement, et notamment de Gabriel Attal, le premier Premier ministre à se présenter comme homosexuel : « Face à cette République des faux-semblants, ne nous y trompons pas : en 2024, être un ou une responsable politique LGBTI, y compris de premier plan, est insuffisant si cette situation ne s’accompagne pas d’actions politiques concrètes. »




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