les premiers médicaments en approche, des interrogations en suspens




Marie souffre de la malformation de Chiari. Vivant au quotidien avec des douleurs et des spasticités – des raideurs musculaires – sévères, elle a intégré un protocole d’expérimentation de cannabis thérapeutique. Grâce à un traitement à base de THC et de CBD, elle a vu ses douleurs causées par ses spasticités régresser très rapidement. Puis, au bout de trois mois, elle a ressenti une baisse significative de ses douleurs neuropathiques.

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Auparavant, elle avait essayé de multiples traitements, en vain. « Aujourd’hui, elle assure son activité professionnelle et ses activités sociales “normalement” et n’a pas d’effets secondaires comparables aux autres antidouleurs », raconte Mado Gilanton, présidente de l’association Apaiser, qui regroupe des patients souffrant de malformation de Chiari et de syringomyélie, également membre du Comité scientifique temporaire (CST) du suivi de l’expérimentation du cannabis à usage médical.

Depuis 2019, une expérimentation du cannabis médical est en cours sur le sol français. En cinq ans, 3 035 patients ont pu participer à cet essai. Pour le professeur Nicolas Authier, président du CST, les résultats de cette expérimentation sont très positifs et permettent de se projeter vers l’avenir : « Nous avons montré que l’on pouvait former des centaines de professionnels de santé à la prescription de nouveaux médicaments, mais nous avons surtout démontré que ces traitements s’inscrivaient parfaitement dans l’arsenal de médicaments proposé aux patients en impasse thérapeutique. »

L’expérimentation ayant démontré l’efficacité du recours au cannabis médical, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé en février que ces antidouleurs à base de THC et de CBD seront disponibles en France en 2025.

Des résultats positifs pour plus de 60 % des patients

Dans le cadre de cette expérimentation, les traitements pharmaceutiques étaient réservés à des personnes qui souffraient de douleurs neuropathiques, de douleurs très difficiles à soulager et très invalidantes, mais aussi à des patients atteints de sclérose en plaques, de paralysie, de cancer, de pathologie chronique, d’épilepsie réfractaire ou à des malades admis en soins palliatifs.

Mado Gilanton confirme les résultats positifs de cette expérimentation, malgré quelques difficultés au lancement, notamment en raison du contexte de pandémie en 2021. Mais au fil de l’expérimentation, elle a pu constater une augmentation de la demande des patients : « Elle a toujours été importante, car nous sommes sur des symptômes sans solution actuellement. Les patients s’impatientent. » La demande des médecins a également bondi au vu des premiers résultats positifs chez plus de 60 % des patients. « 60 %, c’est plus qu’avec tous les médicaments utilisés jusque-là pour l’intégralité des patients inclus », souligne l’experte.

À LIRE AUSSI Chiens, chats, chevaux : le boom du recours au CBD pour soulager les animaux « Nous sommes sur le bon chemin et c’est le plus important », confie Anne Souyris, sénatrice écologiste. Cette dernière organise en partenariat avec Santé France Cannabis les assises du cannabis médical, ce vendredi, au Sénat pour préparer les « grands défis à venir ».

Grâce à l’expertise d’une multitude d’intervenants, ce temps d’échange balayera toutes les questions encore en suspens en vue de la mise à disposition des médicaments : la production en France, la transparence de la composition des médicaments, la fin de la stigmatisation des patients, l’extension des champs d’utilisation à d’autres pathologies que celles prévues par le CST, les modes d’administration du traitement…

Des sprays au cannabis pour une action plus rapide ?

Anne Souyris attire notamment l’attention des pouvoirs publics sur le retrait des sommités fleuries de l’expérimentation. « Il s’agit d’un des modes d’administration qui a l’air le plus fonctionnel et le plus utile, note l’élue. Et il n’y a aucun argument scientifique pour ce retrait. C’est assez curieux tout de même. Est-ce une logique sécuritaire ? »

Cette décision aurait été prise par le gouvernement, et non les médecins. « Il semblerait que la fleur à usage thérapeutique ressemble trop à la fleur à usage récréatif. Cependant, ce n’est pas forcément un problème de ne pas avoir accès aux fleurs. Ce mode d’admission n’est pas le plus fiable et le plus facile à utiliser. De plus, l’immense majorité des patients ne réclame pas les fleurs, mais un médicament efficace et facile à utiliser », explique Nicolas Authier.

Il reste tout de même à trouver un mode d’admission rapide pour les médecins. De ce fait, les médicaments prévus à l’ANSM devraient être sous forme buvable, d’huile ou de comprimé, avec des actions lentes et progressives. « L’intérêt de la fleur, c’était son action rapide. L’idée, c’est d’avoir des médicaments qui auront un effet aussi rapide que la fleur, mais sous d’autres formes, comme ceux qu’on peut retrouver en cas de crise d’asthme », détaille Nicolas Authier.

Pour ce dernier, les pouvoirs publics vont aussi devoir se pencher sur la question de l’accessibilité effective aux traitements : « Cette problématique passe par la question du prix des médicaments et celle du remboursement. En fonction de ces deux points de vigilance, des laboratoires proposeront, ou non, ces médicaments et ils seront, ou non, accessibles à tout le monde. Or, ce sont de véritables médicaments visant à soulager une souffrance majeure chronique et non de simples médicaments de confort. Notre succès ne sera pas d’avoir légalisé le cannabis médical, mais de l’avoir rendu accessible. »




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