L’incertitude gagne les entreprises depuis les législatives


L’incertitude grimpe en flèche. L’annonce de la dissolution puis les résultats du premier tour des élections législatives anticipées ont eu un effet immédiat sur l’état d’esprit des entreprises françaises. Réalisée entre le 26 juin et le 3 juillet 2024, soit avant et après le premier tour du scrutin, la dernière note de conjoncture de la Banque de France, publiée ce mercredi, donne le ton.

« L’élément nouveau est la forte et soudaine progression de l’incertitude dans les trois secteurs », à savoir l’industrie, les services et le bâtiment, alerte Olivier Garnier, chef économiste de la banque centrale.

Repli

L’indicateur, construit à partir de l’analyse contextuelle des commentaires des 8.500 patrons interrogés, retrouve les hauts niveaux atteints en 2022 au moment où la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine faisait trembler les entreprises. Dans les services où il était le plus bas, il rebondit même plus fortement encore. « Il faut remonter à début 2021, soit au moment du troisième confinement, pour retrouver un niveau d’incertitude aussi élevé », souligne Olivier Garnier.

Depuis l’annonce de la dissolution au soir du 9 juin, tout contribue à alimenter ce sentiment : l’attentisme des clients, le report de certains investissements, le gel des recrutements faute de visibilité sur l’évolution des coûts salariaux. Les organisations patronales alertent d’ailleurs sur la prudence qui s’est emparée des chefs d’entreprise, en attendant d’y voir clair. Sans surprise, « le principal facteur mentionné est le contexte électoral », souligne la note.

Les effets sur l’activité économique ne sont pas encore vraiment visibles, mais certains signes ne trompent pas. En juin, l’activité a certes rebondi dans l’industrie et le bâtiment, selon la Banque de France, qui y voit « un effet rattrapage » après un mois de mai marqué par de nombreux jours fériés. Et au moins dans l’industrie, elle pourrait continuer sur sa lancée ce mois-ci.

Mais le ralentissement est tangible dans les services. Dans des secteurs comme le travail temporaire, le transport routier de marchandises et l’entreposage, considérés comme des indicateurs avancés de conjoncture, un repli de l’activité est même envisagé en juillet. L’hébergement-restauration s’en sortirait mieux grâce aux Jeux Olympiques, tout comme les services aux entreprises.

Effets « légèrement négatifs »

« La dissolution a créé de l’incertitude. Et l’incertitude n’est jamais bonne pour l’économie », martèle ces derniers jours le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Au deuxième trimestre, la hausse du PIB serait limitée à 0,1 %, selon la banque centrale. Avant la dissolution, l’institution monétaire tablait sur une croissance de 0,8 % dans l’Hexagone cette année. Les prévisions de l’Insee, qui ont, elles aussi, été réalisées avant les législatives, misent sur 1,1 %. Mais la reconfiguration du paysage politique ne sera pas sans effet sur la croissance.

Goldman Sachs considère déjà que l’impact des élections sera « légèrement négatif » à court terme et a réduit de 0,1 point ses prévisions pour la France pour le quatrième trimestre 2024 et pour le premier trimestre 2025.



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