L’offensive de Glencore sur le groupe minier Teck bat de l’aile


Publié le 18 avr. 2023 à 16:13

Le géant suisse Glencore est en train de perdre la course au rachat du groupe canadien Teck Resources, spécialisé dans l’extraction de métaux et de charbon métallurgique. L’offre à 23 milliards de dollars a été rejetée deux fois et les options alternatives gagnent en crédibilité auprès des actionnaires de Teck, après une série de marques d’intérêts pour le projet de scission porté par la direction du groupe canadien.

Deux projets se font concurrence pour l’avenir de la compagnie minière canadienne. Celui de Glencore vise à fusionner puis à scinder en deux la nouvelle entité pour créer deux géants autonomes et isoler les activités liées au charbon. Le groupe basé dans le canton de Zoug en Suisse a proposé 23 milliards de dollars début avril. Il s’agirait de la plus grosse opération du mastodonte depuis qu’il a absorbé Xstrata en 2013.

Du cash en porte de sortie

Pour convaincre les actionnaires réticents à s’exposer au charbon thermique de Glencore, le groupe a amélioré son offre la semaine dernière et il est désormais prêt à leur verser en cash jusqu’à 8,2 milliards de dollars, ce qui équivaut à leur offrir une porte de sortie. Cette deuxième offre a elle aussi été rejetée par le conseil d’administration de Teck.

Chez Teck, la direction préfère d’abord scinder en deux le groupe avec les métaux d’un côté et le charbon métallurgique de l’autre et ensuite éventuellement trouver un partenaire pour la branche métaux. Ce projet de scission doit être présenté aux actionnaires du groupe le 26 avril prochain et soumis à un vote qui fera office de référendum entre les deux options.

Au départ, l’offre de Glencore avait été bien accueillie par le marché. Les analystes ont salué les synergies potentielles et le réajustement de la stratégie de sortie du charbon de Glencore . Les cabinets de conseil en vote Institutional Shareholder Services et Glass Lewis ont même recommandé aux actionnaires de Teck d’accepter l’offre.

Patriotisme de Friedland

Mais depuis quelques jours, le vent semble avoir tourné pour le groupe suisse. L’actionnaire de référence de Teck, Norman Keevil, rejette catégoriquement l’offre helvétique. « La proposition de Glencore n’est pas la bonne et n’arrive pas au bon moment », a-t-il expliqué aux autres actionnaires, tout en se disant ouvert à une opération post-scission.

L’autre actionnaire principal (10 %), China Investment Corporation (CIC), a l’air, lui aussi, de préférer rester en dehors du giron de Glencore. Selon les déclarations du patron de Teck au « Financial Times », CIC serait plus convaincu par la piste de la direction que par les 23 milliards de Glencore.

Embuscade

Le milliardaire canado-américain Robert Friedland, fondateur du groupe minier Ivanhoe, a apporté son soutien à la position de Norman Keevil contre Glencore dans une série de tweets aux accents patriotiques. « Nous ne devrions PAS sacrifier à la légère un tel champion sur l’autel des gains de court terme », a-t-il mis en garde sur le réseau social après avoir loué l’expertise de Teck et la richesse de l’écosystème minier canadien.

Les ambitions de Teck ont d’autant plus de crédibilité que les potentiels partenaires post-scission commencent à se bousculer au portillon. Selon plusieurs médias, Vale, Anglo American et Freeport-McMoRan étudient chacun une offre de rachat de la branche métaux une fois le groupe canadien scindé conformément au plan de départ. Après la publication de ces rumeurs, le titre de Teck a pris 9 % à la Bourse de Toronto.



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