Quand l’armée française s’entraîne avec un mini-drone en milieu urbain




« Là, ce n’est pas une mine ? » Penchés sur l’écran, les deux soldats du 1er régiment de hussard parachutiste (1er RHP) hésitent. La photo prise avec black hornet (frelon noir) 3, un nano drone norvégien de 18 g, n’est pas nette. « Si, regarde, il y a deux autres. C’est un bouchon de mines[soit plusieurs mines éparpillées dans une zone précise, NDLR] », confirme l’un d’eux. Réunies du 21 au 22 mai sur le camp de Sissonne (Aisne), seize équipes de différentes unités participent au challenge Dronex. C’est la première fois que la France organise une telle compétition pour ses militaires télépilotes.

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Les militaires font notamment évoluer leur black hornet au Cenzub, le centre d’entraînement aux actions en zone urbaine. Au milieu des forêts et campagnes du nord de la France, c’est une fausse ville de la taille de 5 000 habitants qui a vu le jour en 2012. Depuis, cette cité d’entraînement, appelée Jeoffrécourt – du nom donné en référence à un ancien village médiéval disparu –, voit passer, avant leur départ en opération, tous les régiments de l’armée de terre pour valider les fondamentaux du combat urbain.

Mini-hélicoptère

Robots et drones y sont de plus en plus intégrés à la manœuvre des unités. Petit (16 cm de longueur) et discret, le black hornet sert uniquement à la reconnaissance et au renseignement. Le nano drone aux airs d’hélicoptère peut voler jusqu’à 1 600 mètres, pour un vol d’environ 30 minutes. Mais des vents supérieurs à 30 km/h et la pluie empêchent son utilisation. En vol, à une trentaine de mètres du sol, il est très difficile de le voir ou de l’entendre. Son opérateur le contrôle avec une manette composée d’une dizaine de touches, tandis que les images sont directement retransmises sur un écran accroché sur le gilet du pilote.

Au programme : six ateliers à réaliser dans un temps défini. En 15 minutes, les deux soldats du 1er RHP ont dû renseigner un éventuel axe de progression en périphérie de Jeoffrécourt.

« Nous avons disposé des mines, barricades et barbelés qu’ils doivent trouver et replacer sur une carte tactique », explique le lieutenant Ladislas en charge de l’exercice. La méthode qui semble le mieux fonctionner et de prendre plusieurs photos de lieux stratégiques, comme les carrefours, avant de ramener le drone et d’analyser les photos. Bilan : 6 obstacles trouvés… sur 20. Le meilleur score de la matinée.

« Perte de liaison »

Sur un autre atelier, les deux membres du 3e régiment parachutiste d’infanterie de marine (3e RPIMa) luttent pour conserver le contrôle sur leur drone. À 600 mètres de là, ils cherchent quatre mannequins représentant des ennemis placés dans plusieurs bâtiments. Toutes les cibles sont finalement trouvées. Le niveau varie d’un régiment à l’autre. « Certains n’ont pas piloté leur drone depuis six mois, soupire un instructeur du Cenzub. Il faut au moins faire un vol par mois pour être bon. »

D’autres sont venus avec le matériel d’une compagnie différente, et découvrent que les batteries n’ont pas été rechargées. L’exercice montre les limites de l’intégration des drones au sein des régiments. Les télépilotes, qui restent avant tout des soldats, jonglent entre les divers entraînements, les gardes ou l’opération Sentinelle. Bref, il faut réussir à dégager du temps.

Mais toutes les équipes sont d’accord pour saluer la tenue d’une telle compétition. « Cela nous change de notre zone d’entraînement à Tarbes, forcément limitée avec les avions », pointe par exemple l’adjudant Thomas, en charge des drones au 1er RHP. Dronex devrait désormais se dérouler annuellement. En Ukraine, où les drones de diverses tailles et fonctions sont omniprésents, les black hornet 3 seraient, eux aussi, utilisés. En juillet 2023, la Norvège avait annoncé la livraison de 1 000 de ces nano drones à Kiev.




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