Que vaut « Monique s’évade », le nouveau roman d’Édouard Louis ?




Trois ans après Combats et métamorphoses d’une femme (Seuil), Édouard Louis publie un nouveau livre sur sa mère, rescapée d’un second conjoint violent. En 2014 paraissait En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil), récit autobiographique dans lequel l’auteur racontait son adolescence dans un village de Picardie, les humiliations subies en raison de son homosexualité. Un livre que sa mère lui avait à l’époque reproché. Huit ans plus tard, on retrouve cette dernière s’enfuyant de l’appartement de son conjoint, quelques affaires dans un sac à dos et son chien sous le bras.

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Entre-temps, elle avait quitté le père d’Édouard pour s’installer à Paris, chez un homme qui reproduira ce même schéma de domination qu’elle avait fui une première fois. Entre-temps, Édouard Louis avait écrit un premier livre à son sujet, Combats et métamorphoses d’une femme (2021). « Depuis que tu as fait ce livre, j’ai encore beaucoup changé, lui fait remarquer Monique. Il faudra que tu l’écrives un jour ! Je me suis encore transformée. » Monique s’évade est le résultat de cette « commande ». Dans ce livre tendre, l’écrivain dit sa fierté à l’égard d’une femme ayant réussi à « déjouer son destin », à s’inventer, à 55 ans, une nouvelle vie, sans homme ni enfants ni personne à assister au quotidien.

« La liberté a un prix »

Présentés comme des exceptions à la règle fataliste des hiérarchies sociales de Pierre Bourdieu, Édouard Louis et sa mère auront réussi à dévier d’une trajectoire toute tracée, ce dont témoignait déjà Combats et métamorphoses d’une femme. Ce second opus lui apporte peu, si ce n’est la confirmation d’une réconciliation – impliquant avant tout l’auteur mais concernant peu son lecteur.

Si l’on reconnaît le courage de Monique et se réjouit de la savoir en paix, le livre esquive sa réelle ambition, pourtant formulée noir sur blanc : « Pourquoi certains fuient, quand d’autres n’ont pas à fuir ? » Le rôle décisif de l’argent est évoqué. Citant Virginia Woolf, Édouard Louis affirme que « la liberté n’est pas d’abord un enjeu esthétique et symbolique, mais un enjeu matériel et pratique », autrement dit, que « la liberté a un prix ». Prix que l’auteur a pu payer grâce au succès de ses livres, finançant ainsi l’évasion de sa mère d’un foyer violent. Deux exceptions à la règle bourdieusienne. Mais qu’en est-il de l’immense majorité de ceux qui ne peuvent s’offrir cette liberté ?

Phénomène littéraire en France comme à l’international, on a pu reprocher à Édouard Louis un certain mépris social, celui du transfuge de classe ayant percé dans le milieu feutré des lettres. Autofiction centrée autour des personnages d’une mère et de son fils, Monique s’évade laisse son lecteur en mal de la profondeur sociologique contenue dans des détails signifiants que l’auteur sait d’ordinaire bien mettre en avant. C’est dommage quand la reconnaissance publique vous donne une assise, et quand on a du talent.

« Monique s’évade », d’Édouard Louis (Seuil, 180 p., 18 €).




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