qui est le cinéaste accusé de viol par Judith Godrèche ?




Cinquante ans de carrière, plus de trente films, des courts-métrages, des téléfilms, des documentaires, deux mises en scène d’opéra (Werther et La Traviata) et deux césars : Benoît Jacquot est comme on dit un cinéaste prolixe et éclectique. Respecté dans le métier, loué sur le tard par la critique et le public – jusqu’à aujourd’hui où, à 77 ans, il se retrouve accusé de viol par Judith Godrèche. D’autres actrices l’ont par la suite accusé de violences et de harcèlement sexuel.

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Né le 5 février 1947, à Paris, Benoît Jacquot a à peine 17 ans lorsqu’il débute comme assistant de Bernard Borderie sur le tournage d‘Angélique, marquise des Anges. Il fait ensuite ses premières armes de réalisateur pour la télévision, adapte Musset (Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée), tourne des documentaires sur Jacques Lacan, Louis Jouvet, Borges, J. D. Salinger, le chorégraphe Merce Cunningham. En 1986, il signe une lumineuse captation de la pièce jouée au Théâtre national de Strasbourg, Elvire Jouvet 40, louée par la critique et le public.

Assistant de Marguerite Duras sur Nathalie Granger (1972) et India Song (1975), il signe son premier film en adaptant un roman de Fiodor Dostoïevski, L’Assassin musicien (1975). Son style dépouillé, sa direction d’acteurs font penser à Robert Bresson dont l’influence se confirme dans son second film, Les Enfants du placard (1977) avec Brigitte Fossey.

Sa rencontre avec Judith Godrèche, 14 ans

Féru de littérature, il tourne ensuite Les Ailes de la colombe (1980) d’après Henry James, avec Isabelle Huppert et Dominique Sanda, et Corps et biens, un polar adapté du roman Tendre femelle de James Gunn. En 1986, il réalise Les Mendiants, d’après le roman éponyme de Louis-René des Forêts (1986). Au générique figure notamment Judith Godrèche, 14 ans, qui a abandonné l’école pour faire du cinéma et va vivre en couple avec lui. Ce dernier lui donne le premier rôle dans La Désenchantée (1990). L’intrigue tourne autour de leur propre histoire. Celle de Beth, 17 ans, passionnée de poésie, déçue par les garçons de son âge et qui entame une relation platonique avec Alphonse, 40 ans.

Il rencontre ensuite Virginie Ledoyen, tête d’affiche avec Benoît Magimel de La Fille seule (1995), émouvant portrait d’une jeune femme enceinte qui veut élever seule son enfant.

Devenu un réalisateur coté, Benoît Jacquot connaît son premier succès public avec Le Septième Ciel (1997) ou les déboires sentimentaux d’un couple joué par Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon. L’année suivante, il retrouve Isabelle Huppert dans une adaptation d’un roman de Yukio Mishima, L’École de la chair (1998), présenté au Festival de Cannes.

C’est une époque prolifique pour le cinéaste qui enchaîne film sur film. En 1999, il dirige de nouveau Vincent Lindon et Isabelle Huppert, auxquels se joint Fabrice Luchini dans Pas de scandale, l’histoire d’un chef d’entreprise métamorphosé après quatre mois de prison pour malversations financières. Au début des années 2000, il entame sa période « films à costumes » et revient au théâtre filmé avec La Fausse Suivante (2000) d’après Marivaux, avec Sandrine Kiberlain et Isabelle Huppert. Il poursuit avec Sade (2000), joué par Daniel Auteuil et Isild Le Besco, actrice, et mineure à l’époque, puis Tosca (2001), sa version sur grand écran de l’opéra de Verdi, et enfin Adolphe (2002), d’après Benjamin Constant, avec Isabelle Adjani et Stanislas Merhar.

En 2003, il réalise un téléfilm en deux parties, Princesse Marie, avec Catherine Deneuve dans le rôle de Marie Bonaparte, petite-nièce de Napoléon et disciple de Freud, joué par Heinz Bennent (son mari dans Le Dernier Métro de François Truffaut, NDLR).

Le sentiment amoureux au centre de ses films

Comme chez beaucoup de cinéastes, la femme et le sentiment amoureux sont les thèmes de prédilection de Benoît Jacquot, qui aime explorer les méandres du cœur, les passions et l’inconscient. Il aime façonner les jeunes actrices à sa vision du film en construction et ne s’en cache pas.

Dans le documentaire Les Ruses du désir : l’interdit (2011) de Gérard Miller (aujourd’hui accusé à son tour d’agressions sexuelles), Benoît Jacquot avoue son goût pour les jeunes actrices, Virginie Ledoyen, Isild Le Besco et Judith Godrèche. Il y décrit sa rencontre avec cette dernière lorsqu’elle avait « 15 ans », l’accusant d’avoir « braqué son désir » et assurant qu’elle était « excitée » par leur différence d’âge.

Justement en 2004, il réalise en noir et blanc et format vidéo À tout de suite, récit de la cavale chaotique d’une jeune fille de 19 ans jouée par sa nouvelle muse qui n’est autre qu’Isild Le Besco. Elle vit en couple avec lui, tourne six films, dont L’Intouchable (2006), présenté au Festival de Venise, avant de déclarer aujourd’hui avoir subi des « souffrances physiques et psychologiques ».

Le Figaro rapporte que dans Sade ou le récit de l’initiation d’une jeune fille par le sulfureux marquis, Benoît Jacquot esquisse à travers Daniel Auteuil un autoportrait qui renvoie à sa relation avec l’actrice débutante Isild Le Besco.

Deux ans plus tard, Benoît Jacquot retrouve pour la cinquième fois Isabelle Huppert dans Villa Amalia, d’après le roman de Pascal Quignard, l’histoire d’une musicienne qui décide de tout quitter pour refaire sa vie dans le sud de l’Italie. En 2018, il la transforme en femme fatale dans Eva, remake du film de Joseph Losey avec Jeanne Moreau. Parmi ses autres films historiques, Les Adieux à la reine (avec Diane Kruger dans le rôle de Marie Antoinette, Léa Seydoux et Virginie Ledoyen) lui vaut de décrocher le prix Louis-Delluc et les césars 2012 du meilleur film et du meilleur réalisateur. Il enchaîne avec Trois Cœurs (2013) ou le chassé-croisé amoureux de Benoît Poelvoorde et de Charlotte Gainsbourg auxquels se joignent Marcello Mastroianni et Catherine Deneuve. 

Il propose ensuite sa propre vision du classique d’Octave Mirbeau, Le Journal d’une femme de chambre (2015), avec Léa Seydoux et Vincent Lindon. En 2016, il réalise À jamais, avec une jeune débutante, Julia Roy, 26 ans, qui a écrit le scénario. Elle l’accuse aujourd’hui entre autres de « violences physiques ». Idem pour Laurence Cordier (À tout de suite, Gamines) qui se retourne contre lui pour violence et harcèlement sexuel.

Interrogé par Le Monde, Benoît Jacquot reconnaît les faits avec cette dernière sans éprouver de culpabilité, soulignant « la violence des rapports amoureux » qui, au cinéma « prend des proportions exceptionnelles », et regrette l’importation d’un « néopuritanisme assez effrayant » depuis les États-Unis.

Pour l’heure, on ignore la date de sortie en salle de son nouveau film, Belle, d’après Georges Simenon, avec Charlotte Gainsbourg et Guillaume Canet. Interrogé par téléphone, le distributeur KMBO coupe court à toute discussion. Prendra-t-il le risque de le sortir en pleine tempête judiciaire et médiatique ? Les exploitants de salles accepteront-ils de le programmer ? La carrière de Belle semble largement compromise.




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