Report des cotations de Golden Goose et Shein ou quand la politique rattrape la mode


La dissolution décidée par Emmanuel Macron aura-t-elle des conséquences inattendues dans la mode ? La « poule aux oeufs d’or » des sneakers ne tient pas encore ses promesses. Le groupe italien G olden Goose Group SpA a reporté ce mercredi son entrée en Bourse, initialement prévue le 21 juin. Le fabricant des sneakers au look vintage usé portés par des stars comme Taylor Swift, a invoqué la « volatilité des marchés » dans le sillage des élections en Europe, où la France est très observée.

Selon le groupe italien, les tensions politiques pèsent considérablement sur l es valorisations du luxe en Europe.

Contre effet Macron

Dans un communiqué, Golden Goose explique sa décision de suspendre la cotation en raison en raison d’une « détérioration significative des conditions de marché » à la suite de l’annonce d’élections générales en France. Le groupe a réagi mercredi après une information du report de l’IPO par Bloomberg. Selon le groupe italien détenu par le fonds d’investissement britannique Permina depuis 2020, le contexte nuit à la valorisation des actions du titre.

Il comptait initialement lever 100 millions d’euros grâce à l’émission d’environ 10 millions de nouvelles actions. En prévoyant ainsi de placer en Bourse 30 % de ses actions, il avait pour objectif de renforcer la structure de son capital et de réduire son endettement.

Le fonds d’investissement Permina avait prévu de vendre près de 44 millions d’actions au prix maximum, avec l’objectif que soient injectés près de 458 millions d’euros. Le fabricant de sneakers a vu son chiffre d’affaires progresser de +18 % à 587 millions d’euros l’an passé, dans un contexte de ralentissement des dépenses de luxe et de poussées inflationnistes persistantes. L’enseigne parie sur sa capacité à élargir sa percée dans le prêt-à-porter et les accessoires à l’aune du succès de l’italien Moncler parti de l’engouement pour sa doudoune pour se positionner comme une marque de mode. Golden Goose visait haut en Bourse ses perspectives étant évaluées à 1 milliard d’euros d’ici à 5 ans.

Missions de réduction des coûts

« Ce n’est pas la première fois qu’une enseigne de mode reporte son IPO » souligne Yann Kretz, principal Partner au cabinet Roland Berger. « Cependant nous remarquons un vent de panique lié au ralentissement de la demande dans le luxe sur tous les marchés ainsi qu’au contexte macroéconomique et politique qui s’est durci en Europe, et à l’absence de perspectives ; sans visibilité aux Etats-Unis, premier marché du luxe et sans rebond en Chine ». Selon un autre expert du luxe, « le marché des IPO est anémique et beaucoup d’acteurs en Europe s’inquiètent au-delà de cette problématique ». « Dans le luxe, nous sommes depuis quelques semaines consultés pour des missions de réduction de coûts, du jamais vu depuis des années ».

L’introduction en Bourse du groupe Shein ne paraît pas en bonne voie non plus. Selon le Financial Times, l’enseigne chinoise de l’ultra fast fashion, évaluée à 60 milliards de dollars, va devoir muscler son dossier pour son projet d’introduction à la Bourse de Londres.

Pour plusieurs raisons, le probable report de l’IPO de ce symbole de l’ultra fast fashion cassant les prix mais aux pratiques opaques notamment dans la fabrication de ses produits reposant sur une kyrielle de sous-traitants, surprend moins.

Deux milliards de bénéfices

L’enseigne avait précédemment été contrainte de reporter son projet d’introduction initialement envisagé à Wall Street, en novembre. Les tensions entre Washington et Pékin ne sont peut-être pas l’unique motif de ce renoncement à une valorisation outre-Atlantique.

Pour son projet d’IPO à Londres, Shein qui a engrangé plus de deux milliards de dollars de bénéfices l’an passé, reste encore suspendu à la décision de Pékin. L’enseigne tente de convaincre les investisseurs de sa capacité à se développer au-delà d’ultra fast fashion.

La plateforme est concurrencée par son compatriote Temu, largement soutenu par Pékin ainsi qu’Amazon. Pour générer des revenus et des bénéfices stables, Shein doit améliorer sa logistique et prouver sa capacité à fidéliser ses clients. L’utilisation de l’application Shein pourrait avoir atteint un plateau. Le Financial Times rappelle une étude GWI qui évoque une fréquentation sur l’application qui stagne depuis plusieurs mois à 12 % des personnes interrogés. Le groupe vise plus de clients fidèles que de nouveaux clients dès cette année. Aux Etats-Unis, 25 % des consommateurs de la Génération Z sont chaque mois, ses clients.



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