Rubis échappe à une révolution de palais


L’intérêt porté par Vincent Bolloré à Rubis dont il est actionnaire depuis quelques mois à hauteur de 5 % du capital ne joue pas seulement sur l’attractivité de son cours de Bourse. Il aide visiblement aussi à remplir les rangs de son assemblée générale. « Vous êtes un peu plus nombreux que d’habitude », s’est amusé Jacques Riou, l’un des fondateurs et gérant commandité de Rubis, en ouvrant ce mardi l’assemblée générale des actionnaires du spécialiste français de la logistique des hydrocarbures.

Comme prévu, les actionnaires les plus remontés contre la gouvernance de Rubis ou la faiblesse de son cours de Bourse sont montés au créneau. L’investisseur canadien Ronald Sämann, actionnaire à 5 % de Rubis, a d’abord regretté que « ces dernières années, des décisions d’investissement ont été prises sans en informer les « stakeholders » de la société ».

Très exotique

« Le débat normalement attendu n’a pas eu lieu. Je voudrais que ces choses-là évoluent », a-t-il demandé, faisant notamment référence aux investissements critiqués de diversification de Rubis dans la production d’énergie solaire. Ce métier et ses rendements sont de fait très différents du coeur d’activité historique de Rubis, la distribution de produits énergétiques en France, en Afrique et aussi dans des îles parfois très exotiques .

Patrick Molis, le président de la Compagnie nationale de navigation (CNN), également détenteur de 5 % du capital de Rubis et à l’origine de résolutions déposées pour profondément renouveler son conseil de surveillance jugé trop peu professionnel, a aussi pris le micro : « Ma démarche n’est ni hostile, ni brutale, ni agressive. Je ne suis pas un prédateur dans la mesure où Monsieur Gobin (gérant commandité de Rubis NDLR) n’est pas vulnérable. La CNN n’a d’ailleurs pas déclenché les débats qui vous ont conduit à être si nombreux dans cette assemblée. La famille Dassault dans un courrier qui n’a pas été rendu public a fait valoir ses positions. Ils auraient dû être entendus ».

Sujets qui fâchent

Il a plaidé pour mettre sur la table, au sein d’un nouveau conseil de surveillance « réellement indépendant », tous les sujets qui fâchent. La succession de Rubis d’abord, engagée avec l’entrée de la fille du fondateur Gille Gobin, Clarisse Gobin-Swiecznik au sein de la gérance l’an dernier. Mais aussi la stratégie et la baisse du cours de Bourse.

Sur ce dernier sujet de nombreux actionnaires ont également demandé des comptes. « Je sais que le cours de Bourse a baissé, mais nous sommes sur une valeur pétrolière. Le monde a changé », a tenté de répondre Jacques Riou, sans convaincre. La comparaison avec les valeurs pétrolières n’est en effet pas flatteuse pour Rubis dont le cours a atteint son plus bas niveau en onze ans, en octobre dernier, à 19,86 euros. « On ne produit pas de pétrole », a néanmoins tenté de clarifier Clarisse Gobin-Swiecznik.

La politique de rémunération des gérants commandités a aussi, comme l’an passé, suscité de vives questions de la part des actionnaires. « Ces modalités sont pratiquées dans les hedge funds », a pointé l’un d’entre eux. Dans les années pass ées, les dividendes touchés par les gérants commandités de Rubis avaient porté leur rémunération aux plus hauts niveaux des patrons français. Cette année néanmoins, le cours de Bourse de Rubis ne permettra pas de versement de dividende aux associés commandités…

2,28 % du capital

Malgré ces critiques, le vote très attendu ce mardi n’a pas chamboulé les équilibres chez Rubis. L’investisseur canadien Ronald Sämann a certes vu sa participation au conseil de surveillance de la société validé à une très large majorité mais ce n’est pas le cas de Patrick Molis, ni des autres membres du conseil proposés par CNN. A une courte majorité ce dernier a été écarté.

Reste à connaître la stratégie que ce dernier va désormais choisir de poursuivre. Tout comme Vincent Bolloré et la famille Dassault, toujours actionnaires de Rubis à hauteur de 5 % chacun. Avec Hermès et Michelin, Rubis fait partie des dernières sociétés du SBF120 à bénéficier du statut de commandite par actions. Une formule qui implique pour les commandités, une responsabilité illimitée, y compris sur leur patrimoine personnel mais qui offre très peu de contre-pouvoirs pour les actionnaires. Or, chez Rubis, les fondateurs, commandités ne détiennent que 2,28 % du capital.



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