Varta ou la descente aux enfers d’une icône allemande des batteries


Publiée vendredi 5 juillet, la nouvelle a eu l’effet d’un booster pour l’action Varta. Quelques minutes après l’annonce de discussions avec Porsche, sur un possible investissement dans sa jeune branche de grandes cellules lithium-ion pour les batteries automobiles, l’icône allemande des batteries bondissait de près de 20 % en Bourse. Mais pour les experts du secteur, il en faudra plus sauver le groupe centenaire.

Varta, connu du grand public pour ses piles électriques ou ses batteries de voitures mais dont les produits sont aussi présents dans les écouteurs AirPods d’Apple ou dans la toute nouvelle Porsche GTS T-Hybrid, subit une descente aux enfers depuis trois ans, lorsque son cours plafonnait à 160 euros. Aujourd’hui, le titre vaut 10 euros, l’entreprise à peine plus de 430 millions d’euros en Bourse et personne ne semble prêt à parier sur un véritable redressement.

Chute de marché « considérable »

En cause, une multitude de facteurs. « D’une part, le coeur de métier de Varta souffre d’une demande en baisse et de surcapacités », explique Thomas Wissler, analyste chez MWB Research. C’est particulièrement vrai depuis qu’Apple a décidé de s’approvisionner auprès d’autres fournisseurs de piles boutons au lithium-ion. « D’autre part, il fait face à une concurrence très forte de Chine, qui pèse sur les marges », selon l’analyste. S’ajo1utent à cela la flambée des prix de l’énergie et des matières premières…

Difficile de savoir comment ce cocktail explosif se traduit en chiffres : un malheur n’arrivant jamais seul, Varta a été victime en février d’une cyberattaque qui l’a empêché jusqu’ici de publier ses résultats annuels 2023… Le groupe déficitaire de 4.000 employés a toutefois prévenu le mois dernier que ses ventes n’atteindraient pas les 900 millions d’euros prévus cette année, à la suite de la chute « considérable » du marché de stockage d’énergie. Sur les neuf premiers mois de l’année dernière, la perte nette s’élevait à 116 millions.

« Varta reste dans une situation économique difficile, reconnaît Fabian Fink, représentant local du syndicat IG Metall. Le redressement n’avance pas aussi bien que prévu. » De fait, un an après une restructuration prévoyant la suppression de 800 postes et une augmentation de capital de 50 millions d’euros de son premier actionnaire, l’investisseur autrichien Michael Tojner, la direction doit déj à ajuster le tir.

Discussions avec les banques

« Il s’est avéré que les décisions prises […] et la stratégie d’entreprise recommandée ne sont plus adaptées à la situation économique actuelle du groupe Varta pour renouer avec une croissance rentable d’ici à la fin de la période de restructuration », a reconnu la société début avril, annonçant alors de nouvelles discussions avec ses créanciers et une actualisation de son plan stratégique pour cet été.

Les banques auront-elles la même patience que l’an dernier, lorsqu’elles ont accepté de renégocier une partie de la dette d’un milliard d’euros et de l’étirer jusqu’à fin 2026 ? Thomas Wissler le pense, mais il n’est pas sûr que les actionnaires veuillent remettre au pot alors que le contexte s’est encore détérioré. « On ne peut pas exclure un dépôt de bilan », juge-t-il. L’entreprise, dont le patron a valsé en mai, n’a pas commenté.

Un scénario noir pour la société née en 1904 et dont le nom est un acronyme de Vertrieb, Aufladung, Reparatur Transportabler Akkumulatoren (distribution, recharge et réparation de batteries portables, en allemand). Difficile de savoir si les discussions avec Porsche permettront d’éviter une telle issue. « Aucune décision n’a été prise », a déclaré un porte-parole du constructeur automobile.

Porsche veut sécuriser son approvisionnement

Le groupe automobile, dont le siège de Stuttgart n’est pas loin de celui de Varta, dans le Bade-Wurtemberg, est surtout soucieux de sécuriser son approvisionnement en batteries au cas où la société tomberait davantage en difficultés, selon des sources proches. Une possibilité serait qu’il prenne une participation majoritaire dans la filiale V4Drive Battery, qui fabrique les grandes cellules lithium-ion.

De là à ce que Porsche investisse des centaines de millions dans une nouvelle usine, telle que Varta l’avait un moment envisagé, le saut paraît grand. « Etant donné la chute des prix des batteries, Porsche ferait mieux d’investir son capital ailleurs », estime Adrien Brasey, analyste chez AlphaValue. D’autant plus que la filiale de Volkswagen s’est déjà lancée dans un projet de développement de ses propres batteries, via sa filiale Cellforce. Elle n’a toutefois pas encore décidé où l’usine serait construite.



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