Voiture électrique: Nissan prépare sa relance en Europe à partir du Royaume-Uni


Petits coups de volant à droite et à gauche pour faire pivoter les roues, bref coup de klaxon comme un premier cri, et le Qashqai se dégage vivement du tunnel de néons blancs du contrôle qualité. Le SUV compact familial de Nissan va affronter, pour son baptême, la pluie battante qui inonde ce mercredi le parking de l’usine de Sunderland, en banlieue de Newcastle. C’est un des tout premiers exemplaires de la version tout juste restylée sur lequel Nissan compte pour revenir dans la course sur le marché européen.

Sunderland, avec ses 6.000 employés, domine l’industrie automobile britannique. Elle produit plus de 300.000 voitures par an (pour une capacité de 440.000), soit 30 % de la production nationale. Ces quinze dernières années, le site a produit en moyenne un Qashqai toutes les deux minutes. Un maître en son royaume : il fut le véhicule le plus vendu en 2022 outre-Manche.

14 heures d’assemblage

Il aura fallu 14 heures pour produire le SUV « bleu magnétique » sortant sous la pluie. Ses ailes, portes ou capots auront pris forme sous des presses Komatsu de 13 tonnes qui font trembler le sol. Manipulées aussi facilement que si elles étaient des cartes à jouer par des bras robotisés géants, ces plaques de métal auront été soudées entre elles dans une odeur de ferraille brûlée. Ce squelette de voiture sera ensuite passé dans les couloirs vitrés de l’atelier peinture, puis aura reçu moteurs, électronique et sellerie des mains des 1.500 ouvriers de l’atelier d’assemblage.

Sunderland n’est pas seulement le hub mondial du best-seller de Nissan. C’est aussi sa vitrine en matière de transition énergétique. Des panneaux solaires couvrent les champs environnants détrempés, dominés par dix éoliennes qui ne chôment pas. De quoi générer 20 % de l’électricité consommée par l’usine.

La transition se manifeste surtout derrière les murs gris du site. Sunderland produira trois des six futurs véhicules électriques que sortira Nissan d’ici à 2026 sur le marché européen. Dans le cadre de son plan à trois ans, baptisé The Arc et présenté au Japon en mars, le constructeur ambitionne d’ augmenter ses ventes d’un million de véhicules pour se rapprocher des 5 millions qu’il écoulait avant-Covid.

Double défi européen

L’Europe présente un double défi pour Nissan. Il veut y augmenter ses ventes de 40 %, ce qui représenterait 170.000 immatriculations supplémentaires par rapport à 2023, alors que les concurrents chinois sont en train de monter en puissance. De plus, 40 % de ces ventes devront être « tout électrique » dès 2026. C’est deux fois plus que ce qu’exige en moyenne la réglementation européenne sur les émissions des ventes de voitures neuves.

Pour y parvenir, Nissan sortira 6 nouveaux véhicules à batteries ces trois prochaines années, dont trois développés par son partenaire Renault . Le successeur de la petite Micra est conçu sur la même plateforme que la R5 de la marque au losange et sera produit dans la même usine, à Douai. Le japonais reprendra également sous son badge deux utilitaires du français. Une première étape pour Nissan, qui prévoit de ne vendre que des voitures 100 % électriques en 2030.

Les dates de lancement des futurs trois modèles « maison », tous 100 % électriques et tous produits à Sunderland, sont soigneusement gardées secrètes. Mais au coeur de l’usine, une ligne de production est déjà en train d’être aménagée pour accueillir la remplaçante de la Leaf, berline familiale électrique de la firme de Yokohama.

Evangéliser les clients

Une étape est en train d’être ajoutée afin d’insérer au reste de la voiture le pack batterie et son électronique en 55 secondes. L’installation sera prête à tourner en juillet. De quoi imaginer une sortie de la remplaçante de la Leaf en 2025, alors que cette berline a vu sa production stoppée en mars, d’après le cabinet Inovev.

Paradoxalement, Sunderland, première usine pour la production de voitures éclectiques du groupe, n’assemblera plus de voitures à batterie jusqu’à l’année prochaine. Encore faudra-t-il que la construction en cours de la gigafactory du chinois AESC, à quelques encablures de l’usine d’assemblage, soit prête à fournir les batteries du futur modèle dès l’année prochaine.

Nissan a prévu deux stratégies pour convaincre ses clients de passer à l’électrique. A moyen terme, faire fondre les coûts de production de ces véhicules de 30 % d’ici à 2030, afin d’atteindre une parité de tarif avec le thermique en travaillant sur la batterie, les composants et la compression des temps de développement.

Lignes de production multi-énergie

A plus court terme, le japonais parie sur une technologie intermédiaire pour habituer ses clients aux atouts de l’électrification. A rebours de ses concurrents qui ont misé sur l’hybride rechargeable, lui a développé un système hybride véritablement unique , le « e-Power ». Cette motorisation donne les mêmes sensations de conduite qu’une 100 % électrique, et une autonomie de 1.000 kilomètres avec un plein d’essence, assure le constructeur.

En pleine transition électrique, Sunderland n’arrêtera pas pour autant l’assemblage de voitures thermiques, sur des lignes de production « multi-énergie ». Elle exporte 80 % de sa production vers une centaine de pays dans le monde, notamment vers des marchés où les voitures à batterie ne sont pas encore à l’ordre du jour.



Lien des sources